L’illusion ne dure qu’un temps.
avril 7, 2008
Le cœur dans un étau, et les larmes qui perlent au bord des cils.
Hypersensibilité.
J’ai le cœur sur le point d’imploser dans la poitrine, je le sens. Vacuité de l’angoisse, mais l’anxiété m’a gagnée. L’anxiété a gagné.
Mes pouces décapsulent doucement dans ma poche ces pilules blanches magiques qui ne m’ont jamais quitté cette année. Une, deux. Personne ne regarde, trop occupés à commander leurs cafés. Sous la langue, verre d’eau. infiltration chimique dans mes veines. Dans dix minutes, j’irai mieux. J’irai bien, même, qui sait. Substitut de repas. Des jours que je n’avale plus rien. Que je fais semblant. Jne mange plus. Ca ne passe plus. Ce n’est pas un retour quelques mois en arrière. Je n’ai juste plus faim, plus envie. Plus d’Envies. Je suis toujours étonnée de voir à quel point mon corps peut tenir sans que je ne lui apporte rien à brûler. Je me demande combien de temps je pourrais tenir. Et ces cachets, substitut de repas, substitut de force, substitut de courage. Substitut de moi-même.
J’ai la tête lourde et l’envie que l’on me laisse seule et tranquille. Une envie de me terrer au fin fond de chez moi, sous un plaid à pleurer. Je ne peux même plus, le Xanax possède cette vertu thérapeutique de plonger dans un état léthargique, comateux, duveteux au sein duquel plus rien ne peux nous atteindre. Et c’est justement ce que je cherche. Les mots, les attaques, les violences, le bruit, tout tourne autour de moi sans parvenir à pénétrer ma bulle. J’aimerais pleurer mais je n’y parviens même pas. Lovée sur mon canapé, j’attends que ça passe en fixant le plafond blanc. J’attends que les anxiolytiques remplissent ce trou dans mon ventre, remplissent mon cœur d’un peu de courage. Je tombe épuisée, si près du but. Peur de n’avoir plus de forces.
Envie de ses bras et de ses lèvres, aussi. Illusion provisoire, c’est probable, et pourtant, il y a une semaine, je traversais Paris en taxi dans la nuit noire après avoir erré quelques minutes sur le Boulevard Saint Germain à la recherche d’un taxi, et j’avais encore l’empreinte de ses doigts chauds et rassurants sur mon ventre.
Je ne suis pas de celles.
avril 1, 2008
Il fût un temps pas si lointain où j’avais des soeurs d’armes. Des alliées. Des bras, des regards, des mots à entendre et à lire qui trouvaient résonance en moi. Il y avait comme dans les miens de la décadence, des paradis artificiels et ce cynisme lancinant. Aujourd’hui leurs mots se sont tus en même temps que leurs maux, je suppose, écartés par un bonheur sans nuages. Il y a deux ans de ça, j’étais à la fenêtre d’un appartement sans âge, et sentais les vapeurs de l’alcool me monter à la tête, les vapeurs de l’acide s’infiltrer dans mes narines et mes poumons, chauffer mes tempes et couvrir de plaques rouges ma poitrine dénuée. Il y avait trois corps dénudés dans ce lit, contrastant avec un décor trop sage. Il y avait des membres enlacés, des bouches unies et des orgasmes intenses. Il y avait des bougies posées à même une table en formica, Placebo qui tournait en fond, et du champagne dans un frigo vide.Il y avait de l’insouciance dans nos regards, et l’inconscience des drames à venir. Il y avait la défiance d’un futur improbable, et la certitude que nous étions plus fort que tout, unis. Nous nous étions trouvés, et plus rien ne saurait entacher notre avancée cynisante. Le Bonheur n’existais pas, nous le savions, et nous partagions cette passion commune pour le stoïcisme. Il y a pourtant eu des larmes et des angoisses. Des coups de téléphones dont on connait déjà la teneur avant même d’avoir décroché, des nausées à n’en plus finir, et des trains pour l’Helvétie. Des bras qui s’enserrent, et des corps retrouvés. Un autre qui disparait et que l’on ne retrouvera que plus tard, sans qu’on le sache encore.
Bien sûr, ce n’est pas une vie. Bien sûr le romantisme confine au pathétisme trop, ou mal joué. Bien sûr personne n’en est mort parce que nous n’avons joué à ça que quelques mois, quelques années tout au plus et qu’on ne peut tenir comme ça une vie entière. On ne construit pas sa vie sur de tels drames. Le coeur nécessite très probablement une stabilité certaine sans laquelle il tournerait fou.
Certainement.
Aujourd’hui elles sont heureuses après avoir connu mille tourments. Elles goûtent aux joies de la vie maritale, et je me retrouve sur le bas côté à regarder défiler la vie, seule. Je m’inonde d’alcool pour ne plus penser dans ces soirées trop pailletées pour être honnêtes. De sombres pantins désarticulés s’agitent sur de la mauvaise musique. Les robes sont courtes et la chair vulgaire. Les yeux sont vides, et la peau a le goût salé de la transpiration. Je regarde la scène avec hauteur. Je me vois sur cette banquette rouge, la musique s’estompe peu à peu pour ne devenir qu’un vacarme ambiant, un caisson de basse tout au plus, et je me demande ce que je fais là. C’était déjà le cas auparavant, sauf que je n’étais pas seule, de mon côté de la vitre. Je pensais avoir trouvé ceux qui resteraient toujours. L’un se contente désormais d’une glace sans tain dans laquelle il peut se mirer à loisir dans un souci d’autosatisfaction que rien ni personne ne saurait entacher, tandis que l’autre s’est retranchée avec un autre allié, derrière une vitre désormais différente.Je me retrouve seule, derrière ce miroir qui me renvoie une image fatiguée. Je jette de nouveau mon regard triste sur ce monde, déserté de mes comparses.
Mon cynisme est redevenu amer dans la solitude de mon désespoir.
Je ne suis pas de celles que l’on aime toute une vie. De celles que l’on chérit à coups de mots tendres et de roses, pour qui l’on mettrait sa vie entre parenthèse comme j’ai pu moi-même le faire, dans la fougue d’une jeunesse rêvée. Je ne suis pas de celles que l’on observe dormir à la tombée de la nuit, ni que l’on craint de perdre, et pourtant je ne serai jamais plus acquise à personne. Je ne serai jamais de ces femmes que l’on aime toujours avec tout à la fois tendresse et passion après des années de mariage. Je ne suis pas de celle que l’on amènera à cet autel là. Je ne suis probablement que de celle que l’on baise, et qui baise, une nuit d’ivresse, entre deux coupes de champagne. Que celle qui prend ses affaires au petit matin. Celle dont on ne recoiffe pas d’un doigt mal assuré la mèche de cheveux qui barre un front fiévreux. Je ne suis plus, aux yeux de ces Femmes au désormais au foyer, que celle qui se vautre dans une débauche constante pour oublier la vraie vie et ses responsabilités. Celle qui ne parviendra jamais à conserver son homme. Force est de constater qu’elles ont sûrement raison. Celle qui se complait dans un cynisme qu’elle aurait choisi. L’éternelle solitaire aigrie qui méprise le Bonheur vécu à deux. Alors que je ne suis que l’éternelle solitaire à qui l’on a offert la possibilité de connaître une quiétude dont peut être, oui, je ne voulais pas. Mais sans certitude.
J’ai peur qu’un jour je n’aie plus rien à partager avec ces soeurs amies devenues ennemies qui incarnent au plus profond d’elles ce qui me répulse autant que ce que j’admire. Qu’elles ne prennent pour amies que des femmes comme elles qui sauront faire la conversation tout en conservant un oeil sur le plus grand qui fait du tobogan au square, qui du pied droit balancent le landau pour apaiser le petit dernier, et mouchent de sa morve le cadet turbulent. J’ai bien peur d’être si loin de leurs considérations que nos sujets de conversations ne se târissent petit à petit. Que je ne sois plus que l’éternelle célibataire que ça ennuie d’inviter parce qu’elle décalera perpétuellement le plan de table si bien calibré pour les familles nombreuses bien peignées.
J’aimerais m’endormir contre un torse chaud et rassurant, parfois. Passer ma main dans des cheveux et cacher mon nez dans un cou barbu. J’aimerais que l’on m’enserre de bras protecteurs et que l’on caresse mes cheveux. J’aimerais que l’on baise mon front et m’endormir dans une odeur familière. J’aimerais que l’on m’aime comme ce soir, une fois de plus, elles, le seront.
Mais je ne suis pas de celles.
Nothing really changes, i’m still the same.
mars 9, 2008
D’aussi loin que je me souvienne, tout a toujours été comme ça. Des soirées, du monde, plus ou moins à boire, selon les âges et les années. Des corps qui s’agitent, des sourires, des œillades, des rires trop forcés, à mon goût, et des paroles inutiles. Je me suis toujours tenue en retrait, à regarder les gens. Parfois à sourire à leurs idioties, à leurs danses, à leurs mots. Souvent le regard dans le vide, à écouter leur mauvaise musique trop forte. Les petites princesses paradaient, souvent les mêmes, d’années en années, prenant cycliquement plus d’assurance. Du miel, pour ces abeilles. De ces filles jamais seules, toujours encerclées d’une demi-douzaine d’hommes admiratifs autour, et d’amies insignifiantes les suivant à la trace, et ramassant les miettes de gloire accordées. J’étais toujours celle en retrait, qu’on invitait je ne sais trop pourquoi. Celle à la réputation d’intello, la sage, l’oreille attentive qui épongeait les larmes d’autres, celle qui parlait peu, en définitive, et qui avait toujours l’air ailleurs, dans ses livres, où complètement dans un monde parallèle.
Ceux qui auraient voulu se donner la peine de me trouver, dans ces soirées, n’auraient pas eu à chercher dans la salle où tout le monde dansait, ni dans la cuisine, ni dans le salon ou des groupu_scules se formaient au gré des allées et venues de chacun. Je ressentais toujours ce besoin impératif de me reclure dans une des chambres de la maison. Je n’aimais rien de plus durant ces soirées que de m’exiler à l’étage, loin du bruit, on n’entendait que le bruit des basses, atténué. Je pénétrais dans la pénombre de la chambre, et m’allongeais sur le lit, les bras derrière la tête, les yeux rivés sur le plafond sombre. Je me demandais souvent combien de temps il faudrait aux gens pour se rendre compte de ma disparition. Souvent des heures. Ou bien avaient-ils pris l’habitude de mes disparitions soudaines et ne s’inquiétaient-ils plus. Je n’étais pas indispensable, la fille assise dans un coin à observer les gens. Je pouvais rester des heures à écouter de loin cette musique trop forte, à entendre des bribes de conversation, à réfléchir à ce que je pouvais bien faire là. Jeune et déjà lucide sur ces soirées sans but, à ne pas réussir à me fondre dans la masse de ces jeunes idiots qui faisaient semblant de s’amuser -ou bien s’amusaient-il vraiment, les inconscients.
Ce soir, des années plus tard, le schéma socio-affectif se reproduit perpétuellement. Je me tiens à l’écart, toujours. Je me donne contenance avec un verre de vin, ou une cigarette à la main, souvent les deux, et j’observe ces gens qui dansent sur des musiques des années 80. Je souris, vaguement. Il faut bien justifier sa présence dans ces lieux de vacuité. J’écoute les conversations, j’observe les gestes des uns et des autres, les regards et les allées et venues. Je comprends les situations, les triangles amoureux cachés, et les relations adultères mal dissimulées. Je vois tout ce que personne ne regarde, trop occupés qu’ils sont à s’écouter parler, rire, et chanter. Lasse, je ne m’exile plus dans une chambre au loin comme du temps de ma prime jeunesse, mais je reste dans un coin, immobile parmi cette foule qui grouille. La vitre est revenue, si épaisse, cette fois. Je fais à peine semblant, j’ai perdu mon habilité, je crois bien. A moins que je ne me donne simplement plus la peine. Je tente d’échanger quelques paroles banales, mais mon regard est vide, je le sais bien. Je ne suis pas sure qu’ils le voient. Non, ils ne voient rien. Ils ne sont pas de ceux … Tous s’agitent et ont l’air de s’amuser. Je reste là, au fond de la salle à me demander ce que je fais là.
Je promène mon ennui, ma mélancolie et ma vitre, sans conteste.
Ce goût amer sur mon cœur et mon estomac n’était pourtant pas la leçon à tirer de cette semaine. Je me suis sentie plus vivante ce soir là, il y a quelques semaines de ça, que n’importe quelle autre fois en presque un an. Mon cœur a battu pour un autre. Peu importe que sous d’autres circonstances, il aurait pu. Peu importe, vraiment. Ce n’est pas le cas, c’est tout ce qu’il y a à savoir. Il y a dix mois, j’essayais déjà de me convaincre qu’on ne saurait être nostalgique de quelque chose qui n’a pas existé. Nostalgie d’un ex-futur. Alors pourquoi cela fait-il deux jours que je cuve ma mélancolie ?
La tristesse n’est pas soluble dans le chardonnay.
Il faudrait voir à retenir la leçon.
Ca n’engage à rien. Ou qu’à me faire revivre.
mars 7, 2008
Il y a eu un regard profond qui m’a semblé accéder à mon coeur en friche en quelques secondes à peine. Je l’écoutais parler, me raconter sa thèse et sa vie dans cet autre continent. Il y a eu ces sourires de connivence et ce bar de la rue de Buci, après que tout le monde est reparti, seuls dans Saint Germain, devant nos martinis. Et se séparer à regret. Il y a eu quelques mots échangés, des phrases ambigües. Des tournures à double sens et une promesse de nouveaux martinis le lendemain.
Il y a eu la fontaine Saint Michel, et le voir au loin dans la foule. La rue de la Huchette et son piano bar. Il y a eu 5 doubles martinis et un verre de Chardonnay. Il y a avait un pianiste avec une longue écharpe blanche qui jouait Gainsbourg, Chopin et Yann Tiersen. Il y a eu Lui qui m’a pris dans ses bras tandis que tout le monde écoutait sagement le pianiste pour me faire danser et tournoyer au milieu de cet auditoire trop sage. Sa main dans mon dos qui me caresse et mon cœur qui bat un peu trop fort.
Il y a eu ces femmes de peu de prestance, déjà à demi dévoilées, de celles qui ne suggèrent rien pour laisser tout apparaître, et devant tant vulgarité, j’ai glissé mon bras sous le sien et nous avons marché sous le ciel étoilé parisien. Quais de Seine, Librairie Shakespeare, Notre Dame, Ile de la cité, et Hôtel de Ville. Il y a lui qui peste contre la bien-pensance boboïde qui pousse à mettre le portrait de Bétancourt format géant sur la façade. Il y a moi qui le prends par la main pour aller faire du patin à glace sur la patinoire improvisée du parvis et lui qui rit de bonne grâce. Et il y a ce guichetier malaimable qui nous dit que non, il est trop tard maintenant, mais il en faudrait plus pour entamer notre soirée. Il y a les Champs Elysées, et nous qui n’achetons la bouteille de Sancerre que parce qu’elle est estampillée Montesquieu et philosophie des Lumières. Il y a moi qui ris, et lui qui dit que nous boirons du vin de la séparation des pouvoirs en cette belle soirée. Mon écharpe autour du cou, il sourit, et il est beau dans cette nuit d’errance Elyséenne. Les martinis ont fait leur office, et nos têtes tournent.
Il y a mon appartement, des bougies, du vin blanc et Satie qui joue ses Gnossiennes, imperturbable. Allongés à même le tapis, mon appartement prend une autre dimension, il y a la musique qu’il me fait découvrir, il y a celle qui nous fait sourire, tronc commun de notre enfance, sa main dans mes cheveux, et qui caresse mon visage. Il y a l’attente des mots et de ceux que l’on ne dit pas. Il y a ses espoirs déçus, et ses rêves abandonnés de la rue d’Ulm. Il y a mon concours et ses mots apaisants. Il y a ma main sur sa peau et mes doigts qui parcourent son ventre tendu et sa peau douce. Il y a mes lèvres dans sa barbe, et mon nez dans son cou, à chercher son odeur. Il y a sa peur de vieillir et d’avancer d’une ligne face à la mort et aux responsabilités à endosser. Il y a ses regrets de jeune homme qui commence à ne plus vraiment l’être. Il y a ses lèvres sur les miennes et ses bras qui m’enserrent si fort. Sa main qui me caresse toujours les cheveux et le piano qui joue le fond sonore. Il y a Antigone et Milza, Ella Fitzgerald et Baudelaire.
Il est trois heures du matin, et j’ai froid, blottie contre lui. Ses baisers rompent l’espace temps et je ne sais plus quel jour nous sommes. Cela fait huit heures que nous parlons sans discontinuer, maintenant. C’est plus sage. Il me regarde et ses yeux me pénètrent. Mon coeur se tord dans mon ventre et mes doigts courent toujours sous sa chemise.
Je me lèverai dans trois heures à peine, mélancolique, le cœur visiblement encore capable de se froisser. Il est de ces parenthèses de vie qui font tenir quelques années de plus. C’est possible. Retrouver le sentiment d’être à l’endroit où l’on veut être, avec la bonne personne. Ne plus penser à rien ni à personne d’autre que cet instant présent, dans ce monde dans lequel on transporte son ennui de bars en bars, avec des personnes toujours plus fades et de bien morne compagnie. Il est de ces presque sages soirées qui réchauffent le cœur et le corps bien plus que celles de débauche sans lendemain que j’ai pu trop connaître.
Il y a Al Green qui chante dans mon Ipod la bande originale de ma vie. Il y a ce perpétuel mal au ventre depuis ce matin, et qui n’est pas dû à l’alcool. Il y a mon cœur qui tambourine et que j’essaie tant bien que mal de contenir. Il y a mon cœur qui, preuves à l’appui, me fait savoir qu’il est toujours vivant et prompt à s’envoler.
Contre toute attente, il bat de nouveau.
Les jambes de Steffi graff
février 13, 2008
Tous les matins, en bas de mon immeuble, il y a ce vieux monsieur, qui vit dehors, à deux pas de ma lourde porte d’entrée, dans l’alcôve d’un immeuble Haussmannien. Quand je sors chaque matin, il me salue d’un signe de la main, et me souris de ce sourire du pauvre. De ce sourire qui n’attend plus rien. Parfois je fouille mon sac et j’y trouve par chance une pièce que je lui tends avec plaisir. Parfois mes poches sont vides comme ce matin, et tout ce que j’ai à lui offrir, c’est la clémentine que j’avais prise pour ma pause déjeuner.
Le printemps pointe timidement son nez. Mes joues rosissent moins au lever du jour, et je ne me cache plus derrière ma grosse écharpe en laine multicolore. Mes poings sont toujours serrés au fond de mes poches, et mon regard tente vainement d’être fixe et assuré. Les jours s’égrènent et je ne pense qu’à ce jour fatidique attendu depuis des mois. C’était une vague date de début d’année, et voilà qu’elle prend enfin toute sa matérialité. Je me revois encore, en juin, les yeux qui débordaient constamment, la tête dans du coton, droguée à n’en plus finir. Je me revois lui écrivant. Je me disais que je ne tiendrai pas le coup. J’avais même regardé sur un calendrier, et le prochain 17 d’un mois qui tomberait un jeudi, comme ce jeudi noir là, c’était le 20 janvier. Je m’en souviens très bien. Je m’étais dit que le 20 janvier semblait à des années lumières, et que je n’étais pas même sure de parvenir à vivre jusque là. Sans toi. Le 20 janvier est passé sans que je ne me dise « nous sommes jeudi ». C’est idiot, mais la vie est faite de ces petites victoires, je suppose. J’ai tenu le coup pour cette date de mars qui arrive à grands pas, mais il me faut aujourd’hui me préserver et tenter de ne pas mettre autant d’espoirs en elle que j’ai pu en mettre en lui, en nous, en d’autres temps. Les hauts et les bas se succèdent, mais il y a elle, qui me fait sourire. Quatre stations de métro qui nous séparent. Aller dîner dans sa petite maison, son petit monde. L’embrasser sur le front et l’appeler « mon chat ». Manger des bonbons fondus, en chantant sur Dalida. Sur le chemin du retour il y a Delerm qui murmure dans mes oreilles une valse lente. Alors j’entame un pas de danse sur le quai du métro avec un partenaire imaginaire. Et je souris. On me regarde mais je m’en moque, je souris. Qu’adviendra t’il de moi, lorsque mars aura passé ?
Let it snow
décembre 27, 2007
Morne voyage. La ville s’est parée de ses lumières hivernales, mais l’ambiance ne me pénètre pas. Je suis à des années lumières de Noël, je la regarde et je sais qu’elle aussi. Mon coeur se serre durant ces 3h de voyage à l’idée que je ne sais pas ce que je trouverai une fois arrivée.
Ils sont tous là. Autour du mourrant, à son chevet. Les sourires sont timides et conscients. Nous savons bien que la prochaine fois que nous nous reverrons, les circonstances seront autres, dénouement logique d’une situation qui perdure depuis trop longtemps. Les mots ne sortent pas mais les étreintes parlent pour nous. La chaleur des corps enserre ma gorge et fais monter à mes yeux des larmes ravalées. Des corps que je n’ai pas tenus contre moi depuis de longues années. Nos coeurs se touchent, et le temps disparaît. Il est là. Ses grands yeux bleus bien ouverts sur le monde, il regarde mais ne semble plus voir. Il est si maigre, désormais, ses cheveux sont tombés, et son visage s’est creusé de rides que le temps a laissé. Je lui parle, je l’écoute, j’observe ses yeux grands yeux bleus. Sa main sur ma cuisse. Je l’attrape et caresse ses longs doigts blancs, si blancs. Sa peau est si fine que je distingue clairement les veines en surface. Je la caresse et la plisse, elle ne reprend pas sa place, et des vaguetees se forment à la surface. J’ai mal au coeur, mais il faut faire bonne figure.
La tablée est énorme, et il a fallu disposer deux longues tables pour faire tenir toute la famille. Les enfants sont en bout de table, à son opposée. Lui qui préside, cette année encore … Le champagne est servi dans les coupes, même si l’ambiance n’y est pour personne. Lui qui n’avait pas encore ouvert la bouche de la journée semble vouloir dire un mot. Le silence se fait, et même les plus jeunes deviennent graves. Et dans un sanglot remercier celle qui subit avec lui depuis quatre années. Remercier ceux qui sont là, souhaiter bonne chance « pour tout » aux petits enfants. Il sait qu’il n’aura plus l’occasion de le faire. Les yeux s’embuent et les larmes roulent sans pudeur. En face de moi, B. Et Y. sanglotent doucement, sans la retenue masculine qui les caractérise pourtant. Mes joues sont inondées sans que je m’en rende compte. Et une pensée pour celui qui manque, qui nous a quitté sans prévenir cette année, alors oui, comme elle dit, « nous boirons pour lui », et « Que la fête commence ! » clos t’il dans un sanglot, mais ce Noël est bien sinistre. Bien sinistre.
Des cartes dans des enveloppes dont la valeur surpasse le cadeaux supposé, des mots qui empoignent le ventre et jouent avec mon cœur. Et mes joues qui ruissellent de nouveau. Des bras pour m’enserrer, et me consoler. La perspective d’un avenir meilleur. Pas pour tous. Son cadeau, choisi avec mon frère, qu’on lui offre. Il est content. Ca lui rappelle sa vie d’ « avant». « C’est très joli, c’est dommage que je l’ai maintenant que je suis foutu ». Rester sans mots. Que dire …
Des photos immortalisant la « dernière fois ». Des visages que l’on se compose heureux, il faudra une dernière preuve. Des sourires de façade quand le coeur n’y est plus, quand l’âme n’y est pas. Regarder la scène de loin, et la figer quelque part dans sa mémoire. Appareil photo mental. Clic Clac.
Et quand il faut déjà partir, déposer sur ses joues creusées un baiser insistant, puisqu’on sait que ce sera le dernier.
L’an dernier, pour Noël, Il était là. Je m’en souviens, ma mère avait fait ses éternels biscuits à la cannelle et du pain d’épice dans son four. Elle avait paré le sapin de mille feux, et de jolies boules peintes à la main, et les petits chevaux sur la cheminée chantaient les chants de Noël. Nous étions arrivés tardivement, par avion. Heureux. Sa main dans la mienne. Il trouvait ici cette une cohésion familiale qui lui avait fait tant défaut. Il était comme un gamin qui découvre Noël avec des yeux d’enfant. Il riait, et la nuit, je blottissais mon corps contre le sien, dans ma chambre d’enfant, sous ma couette épaisse, et j’embrassais ses yeux pour qu’il s’endorme, sa tête contre mon sein nu. Cette année, j’ai eu froid dans mon lit, malgré la couette blanche. Et les biscuits à la cannelle manquaient à l’appel. Toi, tu étais quelque part en Russie, loin de moi, à relire Kundera.
J’ai beau lutter de toutes mes forces, tu manques toujours à mon corps.
Seven months
décembre 17, 2007
17 Décembre.
Sept mois. Sept longs mois. Pourtant trop courts.
Se retourner sur le chemin parcouru, et apprécier la distance. De ce qui a été fait. De ce qu’il reste à faire. Rien n’est pire que de se retourner pour s’apercevoir que nous n’avons pas bougé du point initial. Immobilisme déplorable. Les choses ont changé. Evolué. Je ne suis plus la même. Ni tout à fait la même, si tout à fait une autre. Pour autant, je sais que s’il me revoyait aujourd’hui, il ne me reconnaitrait pas. Moi non plus, probablement.
Les rôles s’inversent et elle me console et m’apaise. On se remet de tout. Je sais bien. Je sais bien. Mais je demeure une handicapée sentimentale. Hémiplégique du coeur. Survivante en sursis.
Heureusement qu’Elle arrive aujourd’hui. Et quelque part je reste persuadée que je le ressentirai. Au fond de mon ventre, au fond de mon coeur. Son pied se pose en Terre commune à nouveau. Ses longs cheveux blonds et ses mots apaisants. Ses dentelles et sa décadence. Tout un monde à retrouver de nouveau.
Elle et moi. Contre Lui.
Rien n’est jamais fini
décembre 13, 2007
Une fois de plus.
Gentil, tendre et doux. Il a un visage pur, presque poupon. La gentillesse en étendard, mais des yeux inexpressifs de douleur. Un baiser sur mes lèvres déposé, mon coeur qui s’accélère un peu. L’habitude, ou la peur de l’inconnu. L’angoisse, l’attente et le doute.
And backing off. Again. Always. Et mon téléphone sonne, mais je ne réponds plus. Je regarde l’écran s’animer de mille couleurs tandis que je m’enfonce un peu plus dans le duveteux de ma couette et fais la morte. Regarder mon téléphone d’un air coupable. Outil de technologie méprisable qui te met à disposition perpétuelle de n’importe quel individu. Traquée. Pistée. Rendre des comptes. J’ai des envies de retour à une époque où rien de tout celà n’existait. Et la culpabilité me regarde de son voyant clignotant.
Faire la morte. Question d’habitude. On ne lui brisera pas le coeur à celui-ci. Il a l’air bien trop gentil. Le pauvre. La pitié s’empare de moi, qui ne ressentais plus rien depuis bien longtemps pour personne. L’empathie est pourtant vulgaire. Sauve toi gentil garçon, sauve-toi vite. Tu as bien plus à perdre qu’à gagner, ici.
Parce que j’ai toujours en mémoire l’écartement exact qu’il faut donner à mes bras pour enserrer son corps fragile. Parce que j’ai toujours au creux des paumes la longueur de ses cheveux. Parce que je sens toujours entre mes doigts la pression des longs doigts fins qu’il glissait entre les miens. Parce qu’à revoir ses lèvres, j’ai encore le goût des siennes sur les miennes, malgré tout.
On ne guérit jamais vraiment, n’est ce pas ? Il nous faut toujours et sans cesse avoir mal, souffrir, pour avoir l’impression vaine d’exister. Et pourtant il me faut faire bonne figure. Pour Elle, lui prouver que l’on peut s’en remettre. Que l’on s’en remet. Que tout n’est pas perdu. Qu’elle reprendra goût à la vie, aux joies simples, aux garçons, même, un jour, et qu’elle regardera tout cela avec distance, avec hauteur. Comme mon Adelphe à qui l’on avait dit alors qu’elle cuvait son chagrin qu’elle “faisait son éducation sentimentale”. Sûrement, oui.
Sûrement.
Et déposer cette lourde enveloppe à la poste. Un peu de moi qui part vers Lui. Essayer de ne pas trembler en écrivant l’adresse. Avoir l’écriture posée, apaisée. C’est tout ce qu’il lira de moi, je n’y ai joins rien de plus que ces deux livres, dont l’un parlera pour moi au travers de la plume de son Idole. Deux livres qui traitent tous deux de la lâcheté masculine. De leur incapacité à n’aimer qu’une femme. A l’aimer pour de bon, sans rêver à côté de posséder la Terre entière et le monde qui va avec. Parce que pauvre femme que j’étais, Il me suffisait et Il était mon monde.
Révolu.
Poste de Saint-Germain-des-Près.
Kundera et Zeller sont dans un bâteau.
E. tombe à l’eau.
Erase and Rewind
novembre 28, 2007
Et lire tes mots. Destinés à une autre. Que tu sais que je lirai, masochiste que je suis. Pointer du doigt là où ça fera mal. Là où tu sais. Parceque tu sais. La neige, la folie, le thé, les errances nocturnes à travers les rues d’une autre ville. Tu t’es amusé à refaire tout ce que nous avions fait. Sorte d’exorcisme par l’absurde. Je te blâme mais je comprends, j’ai fait pareil en mon temps.
Une autre passe et me remplace, mais tu n’auras pas même attendu tout ce temps, je le sais bien. Réponse de circonstance, je suppose. Tu as vécu, comme tu dis. C’est bien, vis. Moi je suis un peu morte, mais si toi tu vis, alors je suppose que le partage est équitable. Il ne faut pas se laisser abattre.
Tes mots ont encore accéléré les pulsations de mon myocarde au point qu’il m’a fallu faire une pose dans ma lecture et fermer les yeux pour tenter de me calmer. Au moins je ne croque plus mes bonbons à la moindre contrariété, et pourtant, ils ne quittent pas mon sac. Je me force à rester forte sans ces mixtures chimiques qui m’anéantissent plus qu’ils ne me portent. Tu as su faire de ce carnet de bord quelque chose de plus intimiste qu’avant. Quand tu cesses de quémander l’approbation paternelle ou le concours de la copie de culture générale perpétuelle, tu te révèles enfin. Tel que j’ai pu te connaître.
Tu n’as pas de cœur. Ni d’âme. Ni de sentiments. Tu n’en as plu. Et ne viens jamais me dire que tu as souffert. On t’a toujours tout apporté sur un plateau, et tu t’es toujours payé le luxe de casser les gens, ces filles qui, trop innocentes avaient eu le malheur de t’aimer, pendant que grand prince, tu voguais vers d’autres horizons. D’autres lieux, d’autres capitales, d’autres personnes à briser, comme j’ai pu m’amuser à en briser aussi. Tu n’as aucune gloire, tu sais. Il n’y a pas de quoi être fier, tandis que je suis fière d’être là où j’en suis, aujourd’hui. Tandis que je suis fière d’Elle, d’avoir survécu à nos assauts incessants motivés par une méchanceté aveugle que je ne m’explique toujours pas. Il y a de quoi être fières. Pain made girls que nous sommes.
Je te déteste, oui. Pour concourir de façon permanente. Pour ne rien respecter, not even our dead memory. Tu lui feras un gosse que tu appelleras Louis, et dans ton lyrisme cynisant ambiant, tu te trouveras superbe, face à une ironie du sort persistante, et tu auras l’impression d’avoir un arrière goût d’inachevé dans la bouche, toujours. C’est beau. La vie n’est pas un film de Bellini. Il n’y a pas toujours d’ellipses temporelles, il n’y a pas toujours la BO adéquate, il n’y a pas toujours un changement perpétuel de décors. Parfois cela traîne en longueur. Mais ta vie à toi n’est pas celle de tout le monde, n’est pas Rimbaud qui veut.
J’aimerais avoir rêvé toute cette histoire et ne t’avoir jamais connu.
Erase and rewind.
“En passant”
novembre 27, 2007
Une pensée dans le métro. Six mois plus tard. Et si ? Tentative de renouer le contact. Maintenant que je vais mieux. Que je vais bien ? Maintenant que les briques de ma vie se superposent peu à peu et commencent à former un ensemble a peu près cohérent. Maintenant que je n’ai plus besoin de Lui pour vivre. Puis se rétracter. Trop tôt, encore. Parce que donner de mes nouvelles, oui. Encaisser des siennes, je ne suis pas certaine d’en avoir la carrure. Et l’équilibre précairement acquis me semble trop vétuste pour vouloir en une tentative consciente l’ébranler sans protection aucune. Procrastination perpétuelle.
Parce que pas un jour depuis six mois sans que je n’ai pensé à lui.
Pas un seul.
Un trajet de métro et l’album de The Bravery plus tard, ouvrir ma boite mail et y trouver, au milieu des assauts répétés des amis qui en veulent à la longueur de mes nuits, un autre, différent. Son nom en toutes lettres qui se détache du lot. S’arrêter de respirer. La phrase teaser annonciatrice d’une suite que je ne suis pas certaine de pouvoir encaisser, mais puisqu’elle est là, sautons dans le vide. Concours d’apnée. Il déplore l’absence de bibliothèque pour justifier d’un besoin compulsif de relecture du journal d’un Don Juan qui se trouve mille prétextes fallacieux pour pouvoir toujours conquérir de nouvelles femmes, après en avoir rendue une malheureuse d’attachement pour lui. Sombre conne. Le parallèle me fait sourire, jaune s’entend, bien évidemment. Je n’avais pas même pu aller au bout de ce Kundera cet été. Je repense à mon Adelphe et à ses phrases qui me reviennent par bribes. « Les gens ne se résument pas au nombre de Kundera qu’ils ont lu, S., je ne sépare pas le monde comme cela. ». Lui oui, toujours, vraisemblablement.
« En passant » il espère que je vais bien. Je ne le connais plus. Je crois y déceler une ironie toute sienne, mais des réminiscences amoureuses m’indiquent le contraire. Je ne sais plus que croire sinon qu’une telle fin confine aux affres d’un pathétisme même pas lyrique. Si même ça est perdu, que nous reste t’il ? Une année de bonheur, une année d’amour, pour en finir sur un mail d’une sobriété post-amicale déplorable. D’une courtoisie feinte. D’une absolution auto-accordée, comme à son habitude. Mon silence ne valait probablement pas respect, puisqu’il se permet de le briser pour un motif si futile. Répondre d’un ton badin et neutre. Envoi. Nos relations épistolaires sont bien loin. Et nos amours aussi.
Dans ce bus qui m’emmène à Saint Germain, j’ai le vague à l’âme et une furieuse envie d’avoir envie de pleurer. Mais non. Le souffle a été coupé pendant 5 minutes après lecture, et ma foi c’est bien tout, c’est bien peu et en même temps c’est déjà beaucoup trop à mon goût. Je scrute la place Saint Germain et regarde le Flore. J’ai presque oublié. Presque.
Tu avais dit que tu serais toujours là.
Well, you lied.
You told me you’d be here when I’d cry, you’d be here when I’d fall, you’d be here by my side. You told me I would never walk alone anymore.
Au retour il y a ses bras à elle, autour de mon cou et ses baisers aussi doux que des papillons sur ma joue, et il y a ses doigts à elle entremêlés aux miens dans le métro, et ses mots apaisants murmurés au creux de l’oreille. Ma nouvelle vie, désormais. En attendant le retour de mon Adelphe de son pays du grand froid et de son voyage imposé loin des réalités objectives d’un quotidien qui était sien . En attendant ses bras, ses mains et ses mots.
Et le reste.
En l’attendant, je vais bien.
Just because I forgive doesn’t mean I forget.