Il fait lourd, aujourd’hui. J’ai dormi la fenêtre ouverte, et à 5 heures du matin, le soleil dardait déjà ses premiers rayons à travers elle, et caressait ma peau nue. Sur les toits, le ciel était bleu, sans un nuage, et la journée s’annonçait radieuse.

Je marche dans les rues, et mes yeux redécouvrent ce Paris connu. La rue de Merri regorge de monde, et la fontaine Stravinsky observe avec malice les touristes agglutinés autour de ces jeunes fluorés agitant leurs membres désarticulés. Du haut de Beaubourg, je souris.

En sortant du métro, pourtant, le ciel s’est fâché. De gros nuages gris anthracite se sont amoncelés. Il fait sombre et lourd, et dans un éclair, des trombes d’eau s’abattent sur les passants qui courent se mettre à l’abri. J’ai les bras plein de sacs, et mon top blanc sans manches. Je souris, face à Paris la capricieuse. Rien ne sert de se battre, j’aime ce caractère fougueux. Rien n’est jamais acquis, tout soleil est provisoire. Mon haut colle à ma peau qui se distingue en transparence. Deux jeunes méchés fument, abrités sous le porche de l’immeuble face au mien. Ils travaillent sûrement chez Chloé. Ils me regardent. Je ruisselle mais je m’en moque, et je passe devant eux l’air narquois de la victime consentante prise au piège aquatique. Je sens l’eau rouler sur mes bras nus, et les gouttes sont chaudes et délicieuses.

Partir, pour que Paris me laisse l’occasion de me manquer. Que ses pavés tordus manquent à mes foulées, que le souvenir de l’odeur des pains au chocolat provoque chez moi des relents d’enfance et de récréation, que le zinc du Danton et celui du Flore disparaissent peu à peu de ma mémoire, que les terrasses des cafés me deviennent moins familières, que le coucher de soleil sur l’Ile Saint Louis depuis le Pont des Arts ne soit plus imprimé dans ma rétine, que je ne sente plus sous mes doigts l’herbe fraîche de la Place des Vosges et n’entende plus les cris des enfants dans le Jardin du Luxembourg, que je ne sache plus, enfin, distinguer l’Est de mon Ouest sur les toits parisiens depuis Montmartre.

Je n’ai jamais autant aimé Paris que depuis que je sais que je la quitte. Chaque coin de rue se fige dans ma mémoire comme sur papier glacé, polaroïd de l’âme, moi qui ai pourtant la nostalgie d’un Paris que je n’ai pas même connu, celui en noir et blanc des années d’après-guerre. Alain Souchon fredonne sa / ma Rive Gauche et Delerm chante le Quai des Grands Augustins et le Square Montholon.

J’emporterai avec moi ce Paris si beau sous la pluie printanière, lorsqu’il ne fait jamais meilleur vivre ailleurs qu’ici bàs, dans la ville Lumière.

Paris, je te quitte parce que je t’aime trop.

Pour mieux te revenir.

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