Peut-être.
avril 16, 2008
Peut-être me suis-je calmée.
Dans mon rapport au monde. Dans mon rapport aux gens. Dans mon rapport à moi-même. Dans mon rapport à la vie.
Moins d’écorchures, de peau à vif, et de chair sanglante.
Peut être que les cachets ont fait leur office, finalement. Que comme l’avait prédit le docteur, je suis à nouveau, enfin, (mais l’ai-je jamais été ?) “fonctionnelle en société”. Et pourtant.
Je me souviens de cet été. Main lourde du docteur qui ne tremble pas. Qui sans sourciller remplit une puis deux pages d’ordonnance. Remède miracle. Cuisine chimique. Cocktail moléculaire. Je le toise avec un air de défi. « Vous savez bien que ce n’est pas en me droguant que je deviendrai comme les Autres. Comme ces Autres. »
Mais la lassitude vient peu à peu. On a progressivement plus envie de se battre contre ces moulins à vent, alors on avale ces pilules magiques. Puisque tout est vide et que rien n’a de sens, on consent à plonger un peu plus, et un peu plus vite. Quelle différence ? Ca n’apportera certes, aucune solution, aucun sens à cette existence, mais à défaut, on ne pensera plus. Et c’est toujours une souffrance en moins.
Petit rituel.
Matin.
Midi.
Et soir.
Ca devient un réflexe, quelque chose que l’on accomplit sans y penser. Tâtonnement. Opercule. Verre d’eau. Déglutition. On n’a pas encore ouvert les yeux sur ce monde si vide, qu’on l’a déjà rempli d’anxiolytiques. Qu’on s’est déjà rempli d’anxiolytiques. Le ventre se creuse et les joues s’émacient. Le regard devient terne et vitreux. On devient soi-même un de ces clones que l’on a pourtant toujours méprisé. De ces imbéciles vides. Ces pantins de chiffons. Ces squelettes que rien n’anime, et dont le regard ne voit pas. Dans les yeux desquels rien ne se mire, rien ne transparaît non par dissimulation, mais bien parce qu’il n’y a rien.
Mais ça ne dure qu’un temps. Parfois il suffit de voir Paris au petit jour. Un rayon de soleil qui vient caresser votre visage surpris pour se sentir renaître. Redécouvrir les sensations. Redécouvrir des sensations. La main que l’on passe dans l’herbe verte. Le froid mordant du matin sur nos joues. Les lumières qui scintillent sur les toits de Paris. Le taxi, la nuit, qui remonte le Boulevard Saint Germain, qui traverse Alexandre III, qui remonte par la concorde, l’Arc de Triomphe est illuminé, la Tour Eiffel scintille, et on prend conscience de quelque chose, sans parvenir à mettre la vulgarité de mots dessus.
Je ne me reconnais plus, ces dernières semaines. Sans doute parce que j’ai désormais fui ces immondes soirées de vacuité contagieuse, dans lesquelles j’ai tant et tant été malheureuse par le passé. Dans lesquelles des corps informes s’agitent méthodiquement afin de prouver au reste du monde que quelque chose les fait se lever, si ce n’est le matin, du moins la nuit. Dans lesquelles on trompe son ennui avec trop d’alcool, et trop de drogues en tous genres. Dans lesquelles on trompe son ennui par de vulgaires corps dont on ne se souviendra plus au petit matin. Parfois même bien avant le petit jour. La vulgarité de la baise saisit les tripes, et il n’y a bien que l’alcool qui parvienne, un temps, à faire illusion. Avant que le petit jour ne nous surprenne, vomissant alcools et médicaments. Ou bien hontes et regrets.
Peut-être me suis-je calmée. Oui. Parce que je laisse désormais des corps m’enserrer, des bouches déposer d’affectueux baisers sur mes joues, des doigts se mêler aux miens, des regards se poser, et des confidences se faire. Sans doute. Parce que je caresse de longs cheveux et que cela me ramène à la vie. Parce que parfois, je tiens contre mon corps, ces corps fragiles que je semble apaiser. Parce que ma bouche dépose sur leurs fronts brûlants de tendres baisers maternels.
Parce que je promène de moins en moins mon ennui et ma vitre de distanciation par rapport aux choses. Que parfois je l’oublie même, un peu. Ou pas. Mais qu’elle me semble moins lourde à porter pour mes frèles épaules. Que je ne fais plus semblant à chaque pas, à chaque mot prononcé au détour de chaque conversation. Parce que peut être, je me laisse aller un peu plus, et que je baisse les armes, petit à petit. Très prudemment. Et que jusqu’à présent, les coups reçus ne m’ont pas encore convaincus de me retrancher derrière ma vitre de glace.
Même si.
Je ne suis pas encore de ces enjouées perpétuelles, de ces souriantes insouciantes. Je ne l’ai jamais été. Je ne le serai jamais.
Mais peut-être deviens-je finalement « fonctionnelle en société », assez du moins pour ressentir de nouveau des sensations que j’avais cru définitivement oubliées. Assez pour sourire et que mon regard suive l’entrain de mes lèvres sans feindre ni mentir éhontément.
Peut-être suis-je sur la voie de l’apaisement.
Oui, Peut-être.
avril 16, 2008 à 5:20
Mon Amoureuse. Ma douce. Ma vie.
Peut-être faudrait-il juste arrêter les questions. Peut-être faudrait-il juste arrêter les mots brûlants, les dechire-l’âme qu’on s’inflige tous.
Il est peut-être temps, mon Amoureuse, ma douce, ma vie, d’accepter d’avoir mal parfois et d’accepter d’être heureuse parfois. Mais pas tout le temps. La vie, c’est pas du malheur ou du bonheur en barre partout, pour tout le monde, tout le temps. On a tous des périodes ou ça va, et d’autres où ça va pas. Il serait peut-être temps de te pardonner ces instants de faiblesse que tu as eu, et les accepter comme une étape nécessaire dans ta vie.
Il serait peut-être aussi temps, Ma Lumière, de faire taire les donneurs de leçon à l’emporte-pièce, qui sous-prétexte de souffrance antérieures aux tiennes pensent pouvoir te donner des conseils.
Vis ta vie comme tu l’entends. Pleure quand c’est le moment, ris aussi, ne laisse personne te dicter ta putain de conduite. Envoie chier la pression sociale, le “il faut se battre” “il faut s’en sortir”, autant d’idioties certaines. Certains devraient souffrir un peu plus pour apprendre cela.
Tout ça, c’est l’éternelle histoire de l’eau salée, le reflux de la mer, la marée. Y’a des hauts et y’a des bas. Nom de dieu, personne n’est parfait.
Si tu savais comme je t’aime et comme je suis fière. Heureuse de toi.
You make my day, everyday.