Les jambes de Steffi graff

février 13, 2008

Tous les matins, en bas de mon immeuble, il y a ce vieux monsieur, qui vit dehors, à deux pas de ma lourde porte d’entrée, dans l’alcôve d’un immeuble Haussmannien. Quand je sors chaque matin, il me salue d’un signe de la main, et me souris de ce sourire du pauvre. De ce sourire qui n’attend plus rien. Parfois je fouille mon sac et j’y trouve par chance une pièce que je lui tends avec plaisir. Parfois mes poches sont vides comme ce matin, et tout ce que j’ai à lui offrir, c’est la clémentine que j’avais prise pour ma pause déjeuner.  

Le printemps pointe timidement son nez. Mes joues rosissent moins au lever du jour, et je ne me cache plus derrière ma grosse écharpe en laine multicolore. Mes poings sont toujours serrés au fond de mes poches, et mon regard tente vainement d’être fixe et assuré. Les jours s’égrènent et je ne pense qu’à ce jour fatidique attendu depuis des mois. C’était une vague date de début d’année, et voilà qu’elle prend enfin toute sa matérialité. Je me revois encore, en juin, les yeux qui débordaient constamment, la tête dans du coton, droguée à n’en plus finir. Je me revois lui écrivant. Je me disais que je ne tiendrai pas le coup. J’avais même regardé sur un calendrier, et le prochain 17 d’un mois qui tomberait un jeudi, comme ce jeudi noir là, c’était le 20 janvier. Je m’en souviens très bien. Je m’étais dit que le 20 janvier semblait à des années lumières, et que je n’étais pas même sure de parvenir à vivre jusque là. Sans toi. Le 20 janvier est passé sans que je ne me dise « nous sommes jeudi ». C’est idiot, mais la vie est faite de ces petites victoires, je suppose. J’ai tenu le coup pour cette date de mars qui arrive à grands pas, mais il me faut aujourd’hui me préserver et tenter de ne pas mettre autant d’espoirs en elle que j’ai pu en mettre en lui, en nous, en d’autres temps.  Les hauts et les bas se succèdent, mais il y a elle, qui me fait sourire. Quatre stations de métro qui nous séparent. Aller dîner dans sa petite maison, son petit monde. L’embrasser sur le front et l’appeler « mon chat ». Manger des bonbons fondus, en chantant sur Dalida.  Sur le chemin du retour il y a Delerm qui murmure dans mes oreilles une valse lente. Alors j’entame un pas de danse sur le quai du métro avec un partenaire imaginaire. Et je souris. On me regarde mais je m’en moque, je souris.   Qu’adviendra t’il de moi, lorsque mars aura passé ?