Let it snow

décembre 27, 2007

Morne voyage. La ville s’est parée de ses lumières hivernales, mais l’ambiance ne me pénètre pas. Je suis à des années lumières de Noël, je la regarde et je sais qu’elle aussi. Mon coeur se serre durant ces 3h de voyage à l’idée que je ne sais pas ce que je trouverai une fois arrivée.

Ils sont tous là. Autour du mourrant, à son chevet. Les sourires sont timides et conscients. Nous savons bien que la prochaine fois que nous nous reverrons, les circonstances seront autres, dénouement logique d’une situation qui perdure depuis trop longtemps. Les mots ne sortent pas mais les étreintes parlent pour nous. La chaleur des corps enserre ma gorge et fais monter à mes yeux des larmes ravalées. Des corps que je n’ai pas tenus contre moi depuis de longues années. Nos coeurs se touchent, et le temps disparaît. Il est là. Ses grands yeux bleus bien ouverts sur le monde, il regarde mais ne semble plus voir. Il est si maigre, désormais, ses cheveux sont tombés, et son visage s’est creusé de rides que le temps a laissé. Je lui parle, je l’écoute, j’observe ses yeux grands yeux bleus. Sa main sur ma cuisse. Je l’attrape et caresse ses longs doigts blancs, si blancs. Sa peau est si fine que je distingue clairement les veines en surface. Je la caresse et la plisse, elle ne reprend pas sa place, et des vaguetees se forment à la surface. J’ai mal au coeur, mais il faut faire bonne figure.

La tablée est énorme, et il a fallu disposer deux longues tables pour faire tenir toute la famille. Les enfants sont en bout de table, à son opposée. Lui qui préside, cette année encore … Le champagne est servi dans les coupes, même si l’ambiance n’y est pour personne. Lui qui n’avait pas encore ouvert la bouche de la journée semble vouloir dire un mot. Le silence se fait, et même les plus jeunes deviennent graves. Et dans un sanglot remercier celle qui subit avec lui depuis quatre années. Remercier ceux qui sont là, souhaiter bonne chance « pour tout » aux petits enfants. Il sait qu’il n’aura plus l’occasion de le faire. Les yeux s’embuent et les larmes roulent sans pudeur. En face de moi, B. Et Y. sanglotent doucement, sans la retenue masculine qui les caractérise pourtant. Mes joues sont inondées sans que je m’en rende compte. Et une pensée pour celui qui manque, qui nous a quitté sans prévenir cette année, alors oui, comme elle dit, « nous boirons pour lui », et « Que la fête commence ! » clos t’il dans un sanglot, mais ce Noël est bien sinistre. Bien sinistre.

Des cartes dans des enveloppes dont la valeur surpasse le cadeaux supposé, des mots qui empoignent le ventre et jouent avec mon cœur. Et mes joues qui ruissellent de nouveau. Des bras pour m’enserrer, et me consoler. La perspective d’un avenir meilleur. Pas pour tous. Son cadeau, choisi avec mon frère, qu’on lui offre. Il est content. Ca lui rappelle sa vie d’ « avant». « C’est très joli, c’est dommage que je l’ai maintenant que je suis foutu ». Rester sans mots. Que dire …

Des photos immortalisant la « dernière fois ». Des visages que l’on se compose heureux, il faudra une dernière preuve. Des sourires de façade quand le coeur n’y est plus, quand l’âme n’y est pas. Regarder la scène de loin, et la figer quelque part dans sa mémoire. Appareil photo mental. Clic Clac.

Et quand il faut déjà partir, déposer sur ses joues creusées un baiser insistant, puisqu’on sait que ce sera le dernier.

 

 

L’an dernier, pour Noël, Il était là. Je m’en souviens, ma mère avait fait ses éternels biscuits à la cannelle et du pain d’épice dans son four. Elle avait paré le sapin de mille feux, et de jolies boules peintes à la main, et les petits chevaux sur la cheminée chantaient les chants de Noël. Nous étions arrivés tardivement, par avion. Heureux. Sa main dans la mienne. Il trouvait ici cette une cohésion familiale qui lui avait fait tant défaut. Il était comme un gamin qui découvre Noël avec des yeux d’enfant. Il riait, et la nuit, je blottissais mon corps contre le sien, dans ma chambre d’enfant, sous ma couette épaisse, et j’embrassais ses yeux pour qu’il s’endorme, sa tête contre mon sein nu. Cette année, j’ai eu froid dans mon lit, malgré la couette blanche. Et les biscuits à la cannelle manquaient à l’appel. Toi, tu étais quelque part en Russie, loin de moi, à relire Kundera.

 

J’ai beau lutter de toutes mes forces, tu manques toujours à mon corps.

Seven months

décembre 17, 2007

17 Décembre.

Sept mois. Sept longs mois. Pourtant trop courts.

Se retourner sur le chemin parcouru, et apprécier la distance. De ce qui a été fait. De ce qu’il reste à faire. Rien n’est pire que de se retourner pour s’apercevoir que nous n’avons pas bougé du point initial. Immobilisme déplorable. Les choses ont changé. Evolué. Je ne suis plus la même. Ni tout à fait la même, si tout à fait une autre.  Pour autant, je sais que s’il me revoyait aujourd’hui, il ne me reconnaitrait pas. Moi non plus, probablement.

Les rôles s’inversent et elle me console et m’apaise. On se remet de tout. Je sais bien. Je sais bien. Mais je demeure une handicapée sentimentale. Hémiplégique du coeur. Survivante en sursis.

Heureusement qu’Elle arrive aujourd’hui. Et quelque part je reste persuadée que je le ressentirai. Au fond de mon ventre, au fond de mon coeur. Son pied se pose en Terre commune à nouveau. Ses longs cheveux blonds et ses mots apaisants. Ses dentelles et sa décadence. Tout un monde à retrouver de nouveau.

Elle et moi. Contre Lui.

Rien n’est jamais fini

décembre 13, 2007

Une fois de plus.

Gentil, tendre et doux. Il a un visage pur, presque poupon. La gentillesse en étendard, mais des yeux inexpressifs de douleur. Un baiser sur mes lèvres déposé, mon coeur qui s’accélère un peu. L’habitude, ou la peur de l’inconnu. L’angoisse, l’attente et le doute.

And backing off. Again. Always. Et mon téléphone sonne, mais je ne réponds plus. Je regarde l’écran s’animer de mille couleurs tandis que je m’enfonce un peu plus dans le duveteux de ma couette et fais la morte. Regarder mon téléphone d’un air coupable. Outil de technologie méprisable qui te met à disposition perpétuelle de n’importe quel individu. Traquée. Pistée. Rendre des comptes. J’ai des envies de retour à une époque où rien de tout celà n’existait. Et la culpabilité me regarde de son voyant clignotant.

Faire la morte. Question d’habitude. On ne lui brisera pas le coeur à celui-ci. Il a l’air bien trop gentil. Le pauvre. La pitié s’empare de moi, qui ne ressentais plus rien depuis bien longtemps pour personne. L’empathie est pourtant vulgaire. Sauve toi gentil garçon, sauve-toi vite. Tu as bien plus à perdre qu’à gagner, ici.

 

Parce que j’ai toujours en mémoire l’écartement exact qu’il faut donner à mes bras pour enserrer son corps fragile. Parce que j’ai toujours au creux des paumes la longueur de ses cheveux. Parce que je sens toujours entre mes doigts la pression des longs doigts fins qu’il glissait entre les miens. Parce qu’à revoir ses lèvres, j’ai encore le goût des siennes sur les miennes, malgré tout.

On ne guérit jamais vraiment, n’est ce pas ? Il nous faut toujours et sans cesse avoir mal, souffrir, pour avoir l’impression vaine d’exister. Et pourtant il me faut faire bonne figure. Pour Elle, lui prouver que l’on peut s’en remettre. Que l’on s’en remet. Que tout n’est pas perdu. Qu’elle reprendra goût à la vie, aux joies simples, aux garçons, même, un jour, et qu’elle regardera tout cela avec distance, avec hauteur. Comme mon Adelphe à qui l’on avait dit alors qu’elle cuvait son chagrin qu’elle  “faisait son éducation sentimentale”. Sûrement, oui.

Sûrement.

Et déposer cette lourde enveloppe à la poste. Un peu de moi qui part vers Lui. Essayer de ne pas trembler en écrivant l’adresse. Avoir l’écriture posée, apaisée. C’est tout ce qu’il lira de moi, je n’y ai joins rien de plus que ces deux livres, dont l’un parlera pour moi au travers de la plume de son Idole. Deux livres qui traitent tous deux de la lâcheté masculine. De leur incapacité à n’aimer qu’une femme. A l’aimer pour de bon, sans  rêver à côté de posséder la Terre entière et le monde qui va avec. Parce que pauvre femme que j’étais, Il me suffisait et Il était mon monde.

Révolu.

Poste de Saint-Germain-des-Près.

Kundera et Zeller sont dans un bâteau.

E. tombe à l’eau.