Erase and Rewind
novembre 28, 2007
Et lire tes mots. Destinés à une autre. Que tu sais que je lirai, masochiste que je suis. Pointer du doigt là où ça fera mal. Là où tu sais. Parceque tu sais. La neige, la folie, le thé, les errances nocturnes à travers les rues d’une autre ville. Tu t’es amusé à refaire tout ce que nous avions fait. Sorte d’exorcisme par l’absurde. Je te blâme mais je comprends, j’ai fait pareil en mon temps.
Une autre passe et me remplace, mais tu n’auras pas même attendu tout ce temps, je le sais bien. Réponse de circonstance, je suppose. Tu as vécu, comme tu dis. C’est bien, vis. Moi je suis un peu morte, mais si toi tu vis, alors je suppose que le partage est équitable. Il ne faut pas se laisser abattre.
Tes mots ont encore accéléré les pulsations de mon myocarde au point qu’il m’a fallu faire une pose dans ma lecture et fermer les yeux pour tenter de me calmer. Au moins je ne croque plus mes bonbons à la moindre contrariété, et pourtant, ils ne quittent pas mon sac. Je me force à rester forte sans ces mixtures chimiques qui m’anéantissent plus qu’ils ne me portent. Tu as su faire de ce carnet de bord quelque chose de plus intimiste qu’avant. Quand tu cesses de quémander l’approbation paternelle ou le concours de la copie de culture générale perpétuelle, tu te révèles enfin. Tel que j’ai pu te connaître.
Tu n’as pas de cœur. Ni d’âme. Ni de sentiments. Tu n’en as plu. Et ne viens jamais me dire que tu as souffert. On t’a toujours tout apporté sur un plateau, et tu t’es toujours payé le luxe de casser les gens, ces filles qui, trop innocentes avaient eu le malheur de t’aimer, pendant que grand prince, tu voguais vers d’autres horizons. D’autres lieux, d’autres capitales, d’autres personnes à briser, comme j’ai pu m’amuser à en briser aussi. Tu n’as aucune gloire, tu sais. Il n’y a pas de quoi être fier, tandis que je suis fière d’être là où j’en suis, aujourd’hui. Tandis que je suis fière d’Elle, d’avoir survécu à nos assauts incessants motivés par une méchanceté aveugle que je ne m’explique toujours pas. Il y a de quoi être fières. Pain made girls que nous sommes.
Je te déteste, oui. Pour concourir de façon permanente. Pour ne rien respecter, not even our dead memory. Tu lui feras un gosse que tu appelleras Louis, et dans ton lyrisme cynisant ambiant, tu te trouveras superbe, face à une ironie du sort persistante, et tu auras l’impression d’avoir un arrière goût d’inachevé dans la bouche, toujours. C’est beau. La vie n’est pas un film de Bellini. Il n’y a pas toujours d’ellipses temporelles, il n’y a pas toujours la BO adéquate, il n’y a pas toujours un changement perpétuel de décors. Parfois cela traîne en longueur. Mais ta vie à toi n’est pas celle de tout le monde, n’est pas Rimbaud qui veut.
J’aimerais avoir rêvé toute cette histoire et ne t’avoir jamais connu.
Erase and rewind.
“En passant”
novembre 27, 2007
Une pensée dans le métro. Six mois plus tard. Et si ? Tentative de renouer le contact. Maintenant que je vais mieux. Que je vais bien ? Maintenant que les briques de ma vie se superposent peu à peu et commencent à former un ensemble a peu près cohérent. Maintenant que je n’ai plus besoin de Lui pour vivre. Puis se rétracter. Trop tôt, encore. Parce que donner de mes nouvelles, oui. Encaisser des siennes, je ne suis pas certaine d’en avoir la carrure. Et l’équilibre précairement acquis me semble trop vétuste pour vouloir en une tentative consciente l’ébranler sans protection aucune. Procrastination perpétuelle.
Parce que pas un jour depuis six mois sans que je n’ai pensé à lui.
Pas un seul.
Un trajet de métro et l’album de The Bravery plus tard, ouvrir ma boite mail et y trouver, au milieu des assauts répétés des amis qui en veulent à la longueur de mes nuits, un autre, différent. Son nom en toutes lettres qui se détache du lot. S’arrêter de respirer. La phrase teaser annonciatrice d’une suite que je ne suis pas certaine de pouvoir encaisser, mais puisqu’elle est là, sautons dans le vide. Concours d’apnée. Il déplore l’absence de bibliothèque pour justifier d’un besoin compulsif de relecture du journal d’un Don Juan qui se trouve mille prétextes fallacieux pour pouvoir toujours conquérir de nouvelles femmes, après en avoir rendue une malheureuse d’attachement pour lui. Sombre conne. Le parallèle me fait sourire, jaune s’entend, bien évidemment. Je n’avais pas même pu aller au bout de ce Kundera cet été. Je repense à mon Adelphe et à ses phrases qui me reviennent par bribes. « Les gens ne se résument pas au nombre de Kundera qu’ils ont lu, S., je ne sépare pas le monde comme cela. ». Lui oui, toujours, vraisemblablement.
« En passant » il espère que je vais bien. Je ne le connais plus. Je crois y déceler une ironie toute sienne, mais des réminiscences amoureuses m’indiquent le contraire. Je ne sais plus que croire sinon qu’une telle fin confine aux affres d’un pathétisme même pas lyrique. Si même ça est perdu, que nous reste t’il ? Une année de bonheur, une année d’amour, pour en finir sur un mail d’une sobriété post-amicale déplorable. D’une courtoisie feinte. D’une absolution auto-accordée, comme à son habitude. Mon silence ne valait probablement pas respect, puisqu’il se permet de le briser pour un motif si futile. Répondre d’un ton badin et neutre. Envoi. Nos relations épistolaires sont bien loin. Et nos amours aussi.
Dans ce bus qui m’emmène à Saint Germain, j’ai le vague à l’âme et une furieuse envie d’avoir envie de pleurer. Mais non. Le souffle a été coupé pendant 5 minutes après lecture, et ma foi c’est bien tout, c’est bien peu et en même temps c’est déjà beaucoup trop à mon goût. Je scrute la place Saint Germain et regarde le Flore. J’ai presque oublié. Presque.
Tu avais dit que tu serais toujours là.
Well, you lied.
You told me you’d be here when I’d cry, you’d be here when I’d fall, you’d be here by my side. You told me I would never walk alone anymore.
Au retour il y a ses bras à elle, autour de mon cou et ses baisers aussi doux que des papillons sur ma joue, et il y a ses doigts à elle entremêlés aux miens dans le métro, et ses mots apaisants murmurés au creux de l’oreille. Ma nouvelle vie, désormais. En attendant le retour de mon Adelphe de son pays du grand froid et de son voyage imposé loin des réalités objectives d’un quotidien qui était sien . En attendant ses bras, ses mains et ses mots.
Et le reste.
En l’attendant, je vais bien.
Just because I forgive doesn’t mean I forget.
Surmenage
novembre 8, 2007
Le crâne toujours dans un étau. Les paupières lourdes. Les cernes se creusent. Tension à 10.5.
Crise de larmes.
Aller chercher ses médicaments à la pharmacie. Attente. « Mademoiselle ? Mademoiselle ? » On me parle mais je n’entends rien. Un vague murmure au loin, bien trop loin pour m’atteindre. Voir le monde au travers d’un brouillard épais. Je sens mes jambes se dérober sous moi. Je tombe. On m’assoit sur une banquette, et me force à avaler un verre d’eau, à croquer un sucre. Ca a des relents de déjà vu, comme lorsqu’il m’a quitté, et que je hurlais, que ma mère tentait en vain de m’apaiser, de porter à mes lèvres un peu d’eau et que d’un geste brusque, j’avais envoyé le verre se casser à l’autre bout de la pièce en hurlant toujours de plus belle, et en me griffant la poitrine jusqu’au sang.
Comme durant ce voyage en Pologne, cette froide journée de décembre. Devoir de mémoire. Qu’à peine un pied posé sur ce sol qui avait connu tant d’ignominie, Elle avait du me retenir, mes jambes ne me portant plus. Quand face à cette vitrine contenant tous ces cheveux, ces vestiges passés d’une génération dépouillée de ce qui leur restait d’humanité, j’étais tombée. A terre. Inconsciente. Ranimée par de petites claques. « Elle n’a pas du supporter le voyage. » Non, ce n’était pas le voyage. Hypersensibilité qui me ronge. Toucher les murs du bout de mes doigts, et se sentir imprégnée. Entendre les cris, les horreurs, la détresse, sentir le sang. Les hautes cheminées rouges font toujours monter à mes yeux d’irrémédiables larmes lorsqu’elles croisent ma route, dans le nord de la France.
Appeler mon petit frère. En larmes. Ton péremptoire. Il a bien grandi. Il fini par prendre soin de moi, moi qui l’ai élevé. Il arrive, me prend dans ses bras d’un air maladroit. Il est presque aussi grand que moi, désormais. Je ne me souviens pas de la dernière fois qu’il m’a prit dans ses bras. Il ne l’a jamais fait, je crois. J’ai toujours eu du mal, avec lui, à exprimer mes sentiments. Trop haï. Il dépose maladroitement encore, un baiser sur ma joue, et m’installe sur le siège passager. Je hoquète encore. Il se met au volant et me raccompagne. Me ramène jusqu’à mon lit.
Front brûlant. Yeux fiévreux. Larmes étouffées.
Surmenée.
Contact
novembre 6, 2007
Le ventre qui se tord. Le crâne dans un étau. Le coeur aussi. Je sens qu’il ne m’en faudra pas beaucoup pour craquer. Lâcher du lest. Le doute qui me submerge. La vacuité qui me saute au visage. Courir, et en pleine course, s’arrêter. Coeur qui bat la chamade. Cheveux épars. On ne sait plus où l’on allait. Ni d’où l’on venait. Ni pourquoi, au juste, on courrait. Tourner sur soi même. Perdue. Rien n’a de sens.
J’aimerais.
J’aimerais pleurer. Ca gonfle dans ma poitrine, ça tiraille le coeur dans une douleur lancinante.
Je voudrais pleurer. Autre chose que ces quelques larmes de rage, tombées dans mon assiette au diner, ce soir. Je voudrais éclater en sanglots, sous cette couette ou je me suis réfugiée. Je voudrais fondre en larmes.
Je voudrais qu’Elle me caresse les cheveux. Qu’elle m’embrasse le front et qu’elle m’apaise comme elle seule sait faire. Je voudrais ses bras autour de moi et son odeur si familière. Je voudrais sa peau contre ma joue baignée de larmes. Je voudrais qu’elle les essuie de son doigt sans ongle. Qu’elle baise mes yeux de ses lèvres rouges. Me réfugier entre ses longs cheveux dorés.
Je voudrais qu’on me prenne dans les bras.
Une chaleur humaine. Un contact physique. Qui dirait que je ne suis pas seule. Anonymat de cette ville. Courir partout. De point en point. Pointless. L’impression d’être partout et nulle part. L’impression d’aller partout et nulle part. Et les gens dans le métro qui ne te voient pas. On te bouscule, on t‘écrase. Pas un pour voir mon regard bleu embué. Pas un pour voir mon regard perdu. Pas un pour m’attraper par la main. Pas un pour me maintenir contre lui, m’empêcher de m’enfuir là où je ne sais.
Tendresse désintéressée.
Je n’y suis pour personne, et pourtant je n’ai jamais eu autant besoin de quelqu’un.
Donnez moi un geste.
Je sombre.
Bien Sûr.
novembre 5, 2007
Il fait froid, mais il fait si beau. Novembre étend son ciel bleu limpide sur Paris, et un nuage de fumée se forme autour de ma bouche tandis que j’expire une bouffée de ma cigarette. Je me retrouve dans ce Trocadéro touristique qui sent la barbe à papa, la gaufre trop sucrée et où l’on entend les enfants braillards s’époumoner sur l’esplanade. Ma longue cigarette blanche entre mes doigts fins qui dépassent de mes mitaines bleues. Ces mitaines qu’il m’avait acheté avant de partir pour Reims. Aujourd’hui, 5 novembre. Il y a 4 ans, jour pour jour, je l’embrassais dans la pénombre de novembre, dans sa voiture, il m’avait raccompagné chez moi, nous étions dans mon allée. Une histoire qui devait durer 3 ans et dont je ne garde quasiment aucun souvenir. Un goût amer de souvenirs oubliés, de mémoire et d’années perdues. J’y pense sans y penser, mon regard s’est posé sur le calendrier ce matin, et je me suis souvenu, voilà tout. Sans le vouloir.
Je traverse le pont d’Iena. Des jeunes se baladent par groupes. Les filles sont trop maquillées et s’accrochent les unes aux bras des autres, par grappes. Elles ont des mimiques de femmes fatales dans des corps d’adolescentes. Elles ont une quatorzaine d’années. Je croise une petite, et mon regard se fige. Elle arbore sous ses yeux deux gros traits de khôl noir. Peau très pâle. Cils allongés. A côté marche sa mère. Elle doit avoir 9 ans.
Dans mon Ipod, The Ocean. Chanson neutre, ou presque. Une des rares qu’il ne m’a pas envoyé, son image n’y est pas associée, malgré la langueur de la chanson et le thème monocorde qui froisse le ventre. Je suis sous la tour Eiffel désormais. Touristes japonais alentours, enfants en vacances, promenades familiales, bonne conscience dominicale. Vendeurs à la sauvette qui proposent de mini tours Eiffels pour une somme modique. Je marche sans m’en rendre vraiment compte. A mes pieds, une plaque. Je lève les yeux. Je suis juste en dessous. En plein milieu. A côté de moi, d’autres voyageurs prennent leurs mines réjouies, posant devant leurs objectifs afin de prouver à leur retour qu’eux aussi ont profité, ils sont venus, ils ont vu, et vaincu. Vite tout voir, vite tout photographier, vite le circuit organisé. Vite. Moi qui n’aime rien de plus que de découvrir une ville inconnue par de longues pérégrinations et errances solitaires hasardeuses. Comment font-ils ? Ont-ils l’impression de vivre, ou bien simplement d’être part d’un système odieux de rentabilisation de voyage ? Y consentent-ils pleinement ? J’ai la nausée.
Je me souviens de la dernière fois pour laquelle j’étais à cet endroit exact. Les pieds sur cette plaque. Juste là. J’étais avec Lui. Le premier. Celui qui laissera toujours une marque dans mon ventre, douce, même si. Celui qu’on aime à la folie, comme une première fois. Alors ça ne compte pas vraiment, et mais pourtant, ça comptera toujours, bien plus que d’autres qui seront si vite oubliés. Nous étions là, je revois nos pieds entremêlés, essayant de tenir sur cette petite plaque, juste en dessous de la tour. S’embrasser. Passionnément. Juste parce que ce dimanche là, il y a bien six ans, j’avais décidé au réveil, que décidément, non, nous ne pouvions voir cette journée se terminer sans s’être aimés sous la grande Dame de Fer.
Le soleil décline, il se reflète sur la Seine.
Au loin, l’Institut de France, les Invalides, Montparnasse. Le Musée Chaillot, les fontaines du Trocadéro. Je m’assois un instant sur le rebord du pont. Je suis si bien, dans cette ville à nouveau ré-apprivoisée. Elle n’est plus qu’à moi, désormais. Alors bien sûr, bien sûr, que je repenserai toujours à Toi, devant le pont des Arts, devant le Panthéon, devant le Saint-Séverin, devant le Boulevard Saint Germain, devant la rue des Quatre Vents. Bien sûr. Toujours. Puisque je pense toujours à eux, 4 et 6 ans après, eux, qui ne m’ont pas marqué un dixième autant que toi. Toi avec qui j’avais tant de projets. En qui j’ai tant cru. Bien sûr que mon ventre se froisse toujours, comme un sac en papier trop fragile, bien sûr. Bien sûr que je pense parfois qu’à cette époque là, il y a un an, j’étais la plus heureuse du monde, bien sûr. Mais je joue avec les cartes que tu as bien voulu me laisser. Moi, ici, dans cette ville qui n’avait été qu’à nous, l’espace d’une nuit. Seule, dépendante, sans projets. Alors j’ai repris mes pierres une à une, et j’ai tout reconstruit. Patiemment. Une par une. Ce n’est pas fini, bien sur, loin s’en faut, mais c’est un joli rempart que j’ai déjà là. Assez pour ne plus trembler, quand ta mère m’appelle au réveil pour prendre de mes nouvelles, pour me proposer ton lit et ta chambre d’enfant pour lorsque je reviendrai dans cette ville tant haie pour mes examens. Assez pour ne pas trembler quand des bribes de ta vie me parviennent pas le biais de la voix chaude de ton petit frère. Assez pour ne pas trembler quand je lui demande si tu as retrouvé quelqu’un. Pour ne plus avaler un cachet miraculeux uniquement parce qu’on a mentionné ton nom.
J’aurais voulu t’envoyer cette chanson que j’ai trouvé il y a quelques jours.
You could be happy and i won’t know
But you weren’t happy the day i watched you go.
And all the things that i wish i had not said,
Are played in loops till it’s madness in my head.
Mais tu aurais pris ça pour ce que ça n’était pas. Une déclaration d’Amour à retardement. Une tentative vaine et désespérée.
Tu n’es plus là. Tu n’existes plus. Tu n’es plus Toi. Je le sais, désormais.
Je n’ai que des regrets sur toute cette histoire. Toute cette fin. Sur mon comportement, mes erreurs, ma folie douce. Te dire que je comprenais beaucoup de choses avec le recul. Et surtout l’intérêt du périple. Que j’allais bien, désormais.
is it too late to remind you how we were?
But not our last days of silent screaming blur.
Most of what i remember makes me sure
I should’ve stopped you from walking out the door.
Rien n’est plus pareil, désormais, bien sûr. Rien ne se ressemble. Il faut tout reconstruire sous un jour nouveau. Différent. Réapprendre sa ville, son coeur, son corps, ses envies et ses idées. Se réapproprier sa vie propre. Arrêter de compter sur toi qui étais toujours là. Tu n’es plus là.
You could be happy i hope you are
You made me happier than I’d been by far
Somehow everything i own, smells of you
and for the tiniest moment it’s all not true.
J’espère que tu vas bien. Je lis ici et là que oui. Je suis contente, sincèrement. Il paraît que tu as le mal du pays, ces derniers jours, m’a dit ta mère. Je sais que non. Je te connais. Toi qui n’appartenais à rien ni à personne. Qui te revendiquais ouvertement apatride. Je sais que c’est ta vie d’ici qui te manque. Tes ami(e)s dévoué(e)s. Tes folies nocturnes. Parfois on part pour mieux se retrouver et l’on s’égare en route. Moi, je suis restée, pour mieux me trouver à nouveau.
Do the things that you always wanted to
Without me there to hold you back, don’t think just do.
J’ai fais du mieux que je pouvais, tu sais. Pour arrêter ma chute aux Enfers. Pour remonter la pente. Pour ne plus sombrer plus bas. Pour me reconstruire. Pour tenter de t’oublier dans les bras d’autres. Je purge encore un peu ma peine comme un catharsis. Pour donner encore un peu de valeur à toutes ces belles phrases que l’ont s’est dites. Tout ce que je t’avais promis. Pour Louis. Parceque ce n’était pas un caprice. Mais bientôt je penserai à toi comme aujourd’hui j’ai pensé à eux. Avec neutralité. Et un sourire en coin de voir tout le chemin parcouru derrière soi. Fierté de s’en être tirée seule.
Bien sûr que mon ventre se serre encore plus que de raison. Bien sûr.
Mais ça ne veut pas dire que je ne vais pas mieux.
Mais ça ne veut pas dire que je ne vais pas bien.
What if.
novembre 3, 2007
Fin d’après midi qui s’étiole. Il fait sombre très tôt, désormais, sur la France. Ca sent les gâteaux qui sortent de son four, et le thé chaud « de fête » qu’elle m’a préparé. Un cocon. Je m’habille, elle m’embrasse « ne prends pas froid » dit elle en remettant mon écharpe autour de mon cou.
Dans le bus qui m’emmène vers Saint Germain, je regarde par la fenêtre les néons qui clignotent, la vie qui grouille, au dehors. Mon pâle reflet dans la glace. Parfois mon coeur fait un petit bon inopiné dans ma poitrine et je me sens vivante. Montparnasse. Il y a des écrans géants sur les façades. On se croirait aux Etats Unis. J’ouvre les yeux grands comme une touriste japonaise, moi qui ne fais usuellement que marcher en fixant mes pieds, je découvre désormais les façades hautes des bâtiments et les toits de Paris. Quelque chose accroche mon regard. Au dessus de ces écrans géants animés dont l’image change sans cesse. Un petit panneau, tout petit. Noir. En lettres rouges, un mot. « Défi ». Je reste un moment à le contempler, souris en pensant à Breton et à ses errances parisiennes, les surréalistes en tireraient des conclusions bien senties me dis-je en souriant. Un panneau plus loin, le même mot répété. En trois points différents autour de Montparnasse. Pour former un triangle. Je n’avais jamais prêté attention. Mes réminiscences Dadaistes prennent le dessus, je souris, et j’acquiesce au ciel.
Défi. Et la rue de Rennes ne fait plus couler mes larmes.
Je le rejoins. Il y a dans son regard, son expression, sa retenue et sa finesse tout ce qui m’avait plu chez F. Lui que je ne vois plus, puisque l’immixtion du sexuel dans une amitié a pour but -quasi obligatoire- de briser cette dernière.
Et les récupérer au café d’à coté, dans ce Saint Germain tant aimé. Etrange de la voir sourire, de voir ces yeux qui m’ont lus. Soeurs de sensibilités. Se connaître par mots interposés. Par ruptures jumelles. Par plaies voisines. Ses longs cheveux fins qui tombent en cascade dans son dos et son regard triste malgré le sourire qui barre son visage.
Eglise d’Auteuil, 16è magnifique, calme et monotone. Silence dans les rues à part les amoureux qui se coursent. M. Et moi, côte à côte. Bruit de mes talons si haut sur le pavé. Le ventre enserré, comme chaque fois. Allée bordée de chênes illuminés à leurs pieds. Villa privative. Se voir marcher de l’extérieur, les premiers symptômes sont là alors même qu’il n’y a aucune menace. Pénétrer dans cette maison. Se sentir petite. S’asseoir à l’écart, prendre la température, et regarder les gens rire et boire dans une ambiance conviviale dans laquelle pourtant, je mettrais un certain temps à entrer. Il me regarde, et je sens son regard interrogateur sur moi, quand bien même je le connais si peu. « tu vas bien ? » me demandent ses yeux inquiets. Je tente un sourire. Pillule blanche sous la langue, vodka pour faire passer le tout. Voilà, j’irai mieux d’ici quelques minutes.
Et partir explorer. Des pièces immenses. Des salles de bain dans chacune, même si c’est incongru, parfois. Des pièces aseptisées, on dirait que personne n’y vit réellement et qu’on pénètre un catalogue de luxe. Tout est à sa place, propret et distingué. Ca respire la famille modèle. Des photos posées sur des consoles exposées comme des preuves d’une cohérence familiale précaire. Tout est trop parfait et trop lisse. Mon ventre s’enserre de nouveau. Mes doigts parcourent les livres des grandes bibliothèques de toutes les pièces.
Lui, toujours. Je le comprends un peu mieux désormais. Un lieu si parfait, si oppressant. Ca sent la fausse bonne conscience familiale. Je fais le lien avec des choses racontées tardivement une nuit où il s’était ouvert un peu plus que de raison, et je comprends, oui, je comprends.
Du défi dans l’air, un geste malencontreux, et lui fais mal malgré moi. J’essaie d’apaiser, un baiser, ma main qui caresse ses cheveux, et je me sens idiote et malhabile, même si les autres en plaisantent. Il me touche plus que de raison à toujours essayer de faire le fort, je le sens bien trop faible pour en supporter tant, parfois. Fin de soirée, nous restons seuls tous les deux dans cette grande, si grande maison. Je m’y sentirais si à l’étroit. Conventionnée. Prédéterminée. Nous nous allongeons et fumons plus que de raison en fixant le plafond, regrettant tous deux de n’avoir de quoi se finir plus proprement qu’un fond de vodka. Envie de décadence, à nouveau.
Au petit matin je me réveille, il est encore tôt, redescends à la cuisine, seule dans cette grande maison. L’impression définitive de ne pas appartenir à cet endroit. A ce monde. Il a préparé mon thé avant de s’endormir, et je souris de l’attention. Je savoure mon Earl Grey en silence avant de prendre mon métro. Talons qui tapent. Je claque la porte en jetant un dernier regard sur la demeure, avant d’aller à mon emploi sous-qualifié et sous-payé.
Qu’aurait été ma vie, si j’étais née ici ?
Oui, quelle aurait été ma vie …