On the inside
octobre 30, 2007
Le mal de ventre. Insidieux, qui revient. Pour rien. Pas de raison logique, je suis là, au chaud, au travail. J’essaie de travailler mais la motivation n’y est pas face à ce cours que je n’ai pas choisi et qui m’apparaît aujourd’hui encore bien abscons. Réminiscences passées, d’il y a quelques mois, quand il réussissait tout et que je ne réussissais rien. Miser tant et s’investir si peu. Autoflagellation, désespoir annoncé et prophétie autoréalisatrice.
Pourtant hier soir, auprès de ces gens, de ce monde, pas de mon monde, de son monde, que je veux intégrer, pour me prouver tant de choses, je n’avais presque pas l’impression de n’être pas à ma place. Un semblant de reprise de confiance en soi, peut-être. J’aimerais une victoire, bientôt. Une réussite à inscrire au fronton mon inconscient. J’aimerais y croire, et me savoir capable. Capable. J’aimerais un peu de sérénité. J’aimerais un toit et arrêter de dépendre d’elle pour sortir, parce qu’il faut rentrer dormir puisqu’elle est fatiguée. J’aimerais être pleine et entière, j’aimerais un chez moi, un cocon de douceur quand il fait bon se lover sous sa couette, même seule, une tasse de thé chaud à la main. J’aimerais la matérialisation de mon imaginaire, des nous quatre dans cet appartement, soirées sous la couette dans le salon bien grand à regarder un film, un verre de vin à la main. Sa folie, à ma petite poupée qui me ressemble tant, dans sa fragilité. Leur présence masculine. Repos. Calme. Apaisement. Comme un prélude à tout ce qui promettrait de suivre, alors.
En attendant la réponse de demain. Pilule blanche aux vertus thérapeutiques
Pâle octobre
octobre 28, 2007
Il fait un temps comme je les aime. Le ciel est gris et bas. De gros nuages barrent l’accès du soleil à mes yeux fatigués. Se glisser dans cette robe qu’Il m’acheté pour Noël dernier. Plus un grand pull qu’une robe, à vrai dire. Mais je l’aime bien. Outrageusement courte. Col roulé. Marron, sobre, et élégante. Un peu large sur des hanches que je n’ai plus, désormais, depuis Lui. Les talons qui font du bruit sur le pavé germanopratin. Je me sens si bien, ici. Retrouver F. à la Fourmi Ailée, mon nouveau quartier général. Où il fait si bon venir se réfugier quand il fait froid comme aujourd’hui au dehors. Un thé de Noël, par anticipation. Lumière tamisée, plafond peint d’un ciel bleu que viennent émailler quelques nuages gris clairs. Tableau Napoléonien, livres sur des étagères, jusqu’au plafond. Fondant au chocolat partagé. Chantilly. Et dehors, Paris. Parfois le bonheur est simple et évident. Se partage, pour sûr, mais ne dépend pas tant d’une personne que d’un instant. Que d’une sérénité retrouvée, au prix d’incalculables efforts, et dont on connait par avance la nature précaire, mais c’est déjà ça de volé …
Reprendre le Boulevard Saint Germain, bras dessus, bras dessous. Il me manque mon béret des grands froids. Les garçons me jettent des œillades agréables. C’est le quartier qui veut ça. Rue des canettes, je le quitte. Je poursuis ma route, seule. Il fait bon marcher seule dans ce 6è que j’ai réappris. Que j’ai réapprivoisé. Deux mois sans pouvoir mettre les pieds rive gauche. Une Eternité. Et puis il a bien fallu. De nouveaux souvenirs créés, Eglise Saint Germain, le cierge que j’y avais déposé, dans un moment de faiblesse, où la foi m’avait paru un refuge honorables face aux déferlantes incessantes que je ne maîtrisais plus. Eglise où m’attendait E. pour notre second rendez-vous. Avec son air mutin et ses bouclettes blondes, auxquelles je n’avais su résister. Malgré son jeune âge. Son air torturé, évidement, la candeur, la pureté et une jeunesse mal dissimulée malgré tout dans ses gestes mal assurés, malgré sa veste de velours et ses Berlutti bien cirées. C’en était touchant. Ma bouche sur la sienne, dans son appartement si propre, si net, si froid et si impersonnel malgré les couleurs chaudes et les objets rutilants. Une véritable affiche de publicité en quatre mètres par trois. Un appartement extrait de catalogue sur papier glacé. Un appartement témoin. Sans âme. Mais ses mains sur moi, sa bouche sur mes seins, ses doigts qui me font gémir. Et au petit matin, le soleil à peine levé, partir. Sans but. Errer. Pont des Arts, je ne suis qu’à quelques pas. Chopin dans l’ipod, toujours, comme avant, le soleil qui se lève sur Paris, comme avant, le pont des arts, comme avant, et je fume ma première cigarette du matin, en m’allongeant sur un des bancs. Je fixe le ciel, si bleu. Le soleil brille déjà et m’aveugle. Je me sens bien, je me sens libre. De ces nuits sans lendemain ou des doigts s’unissent, des lèvres se frôlent et la jouissance est toujours possible. Même sans lui.
Alors passer devant l’Eglise saint Germain, sourire aux lèvres de ces souvenirs, autres. Les deux Magots, nous revoir, D. et moi à cette terrasse, au mois d’août. L’air snob. Commander une orange pressée à 7 euros sans sourciller. Je pense à elle qui se serait outrée, écartelée entre ses velléités germanopratines et snobs, et ses origines plus modestes, hurlant au scandale et à l’absence de certification bio pour ce prix là. Le Flore, un an et quelques mois. Je passe devant la terrasse, regarde cette table ou nous nous étions assis pour profiter du soleil de ce mois de juin, de ce début d’été prometteur, ignorants , je m’en souviens, quelques heures avant que je n’attrape sa main, quelque part entre Saint Sulpice et Luxembourg . Tout ça est bien loin, désormais. BHL et sa blondie sont attablés à cette même terrasse, et sirotent leur Perrier tranche. Rue Bernard Palissy, rue de la Chaise, le 27, y attendre P . qui peste contre le travail qui s’accumule. Rue de grenelle, l’Abbaye, deux bières plus tard il parle sans s’arrêter. J’ai envie de le prendre dans mes bras, avec son air effronté et ses velléités gauchisantes, petit bourgeois. Cheveux longs, veste en velours, évidement, évidement. Une conversation à cœur ouvert, et ses yeux dans les miens. Je savais qu’il y avait plus à gratter derrière la carapace que ce qu’il voulait bien montrer. Il me sauve la vie, sans le savoir. Trouve les mots justes, de ceux qui réconfortent, qui redonnent confiance, qui donnent envie d’en découdre avec cette année qui s’annonçait pourtant des plus glauques. Je lis une rage et une histoire dans son regard. Je lis la rage du mépris et de la condescendance que j’ai pu lire dans les yeux de S., autrefois, et j’ai envie de le prendre dans mes bras. Il me raccompagne. Rue de Sèvres Babylone, me donne son bras, le froid qui mord mes cuisses découvertes. Le Lutétia illuminé, dieu que j’aime cette ville.
Dieu que j’aime cette ville.
Lettre à Lui. (25 juin 2007)
octobre 26, 2007
Prendre un Xanax, encore, comme des bonbons, trois par jour, un petit rituel, matin, midi et soir, un peu comme un repas, un substitut de repas puisque je ne mange plus depuis toi. Depuis que tu m’appelais ta Goinfrette. Elle a bien changé la Goinfrette. Elle a bien disparu. Elle n’a plus ses hanches rebondies et ses seins tiendraient à nouveau dans ta main, maintenant, si … Comme ca tout le monde est content, maman a retrouvé une fille qui ressemble à une fille, qui ne mange pas, « qui se sent quand même mieux dans son corps maintenant, non ? » comme si ce qui m’importait désormais c’était mon apparence physique, ou ce a quoi je peux ressembler, ou ma taille de pantalon. Je me fous de ces cernes qui se creusent un peu plus chaque jour sous mes yeux que pourtant certains garçons continuent de trouver beaux. S’ils m’avaient vu avant. Avant tout ca. Si seulement ils avaient vu mes yeux briller de tant et tant d’étoiles cette nuit là à Paris et tous les jours qui ont suivi. Ces yeux qui recherchaient les tiens sans cesse. Qui les recherchent toujours. Partout. Ce visage, ton visage que je connais par cœur. Mes doigts qui connaissent les moindres courbes et recoins de ton corps, et la forme de ton nez, et tes petits yeux que j’embrassais tendrement avant de dormir, ce qui me manque tant, et toi et mon bandeau de tortue, et ton torse, ton petit corps qui s’imbriquait à la perfection dans le mien. Mes bras qui n’auraient pas pu, ne pourraient pas serrer contre mon corps un corps plus trapu ou plus fin que le tien. Juste parce que c’était le tien, et qu’il était fait pour mes bras, un peu comme un moulage.
Alors je me sens dans un espèce de coton ouaté, le trio gagnant commence à faire ses effets et à se diluer dans mon sang, dans mes veines, dans mon pauvre foie malade, aussi, mais c’est moi qui suis malade, mon foie aussi, mais mon cœur, tellement, tellement, mais les gens vous diront que c’est pas grave, qu’il y en aura d’autres, que des peines de cœur tout le monde en a connu, et dis comme ca c’est tellement banal que ca donnerait envie de chialer, pas de pleurer non, de chialer juste tellement c’est navrant et surfait, et qu’on a envie de dire que nous c’était pas pareil, mais bordel, quel cliché, mais aussi faut dire qu’ils sont cons ces gens, ils ne comprennent rien, parce que nous, c’était vraiment pas pareil. « the world is never ever gonna be the same, and you’re to blame ».
Evidemment. Evidemment. Alors autour c’est tout doux, tout calme, dans ma tête ca ne crie plus, ca ne se bouscule plus, et la poitrine est toujours enserrée, mais dans un étau de coton, c’est presque confortable, du moins on s’y fait, je ne sais pas, oui, je suppose qu’on s’y fait, à défaut …mais c’est une bien piètre consolation, n’est il pas ? Surtout que la ouate ne fait rien pour mon ventre. Il faut dire qu’il en faudrait des kilomètres pour combler ce grand trou béant à l’intérieur de ce ventre. Ce ventre que tu caressais souvent, et tu disais « Louis, Louis ? Louis, tu es là ? C’est Papa qui te parle, il faut sortir maintenant, il faut laisser Maman dormir et faire sa tortue, il faut sortir, je t’ai acheté une cage de foot et j’ai envie de jouer avec toi ! Louiiis ?! Sors tout de suite maintenant ! » et tu me regardais avec un sourire à pleurer, et d’ailleurs à chaque fois, ca te faisais rire de faire le pitre avec mon ventre, mais moi, moi, j’avais toujours les larmes aux yeux parce que parler à Louis de la sorte, c’était le plus beau geste d’Amour que tu pouvais jamais me faire. Ca signifiait bien plus qu’un fieffé gamin qui parle à un bout de peau tendu. Il y avait dans ce geste bien plus de Tendresse et d’Amour que dans n’importe quel « je t’aime » bateau ânonné par des millions d’imbéciles –mais- heureux. Parce que dans ce geste, il y avait la promesse d’un futur heureux. De Toi, de Moi, de Louis, et de Constance, aussi, plus tard. Tu lui aurais appris les capitales du monde, tu lui aurais appris les livres, et moi, telle que j’étais avant, j’aurais pu lui apprendre comment être heureux, simplement, ne pas être trop vicié, et voir la beauté des choses et de la vie dans le moindre moment du quotidien. Parce que c’est pas parce que ma mère a échoué à cela avec moi, par moment que je n’aurais pas pu essayer de ruiner cela my very own special way. Je lui aurais appris la cuisine, un peu, je lui aurais appris les animaux, la ferme, Sainte Eulalie. Je lui aurais appris les nounours, les rires, les jeux d’enfants. Il aurait été fichtrement heureux, Louis. J’y croyais à ce Louis comme je n’avais jamais cru à rien. Quand tu me parlais comme ca, j’avais le regard embué, plein de tendresse, et je te remettais tes cheveux derrière les oreilles, et je te disais « t’es bête » et parfois je pleurais, et tu ne comprenais pas trop pourquoi, et tu disais « mais pleure pas ma Tortue, aller viens, on va se goinffrer » ou alors « Viens encourager le meilleur entraineur de l’équipe de foot » et moi je râlais un peu pour la forme, et je me moquais de toi, l’intellectuel qui insultait les footballeurs virtuels à coup de « prolos », de « cours sale noir ! » et invariablement, je m’écrirais, révoltée « oh non !Il pleut, ils vont avoir froid ! ». Et tu souriais.
J’aimais bien ton sourire, c’était la première chose que je voyais le matin en me levant. J’étais si heureuse de me réveiller près de toi chaque matin. Si heureuse. Je me rappelle de notre emménagement. Mon trajet partant de chez moi. Mes parents en peignoirs sous le porche. Ma mère qui ne retient pas ses larmes, voyant ma voiture pleine. Mon père qui n’en mène pas large mais qui ne veux pas perdre la face, alors il se mord l’intérieur des joues. Ca ne parait pas, mais je le sais, je le connais, et surtout, je fais la même chose. Jusqu’à sentir le gout du sang dans ma bouche, parfois, même. Il m’embrasse. Il me donne mille conseils, répète mille fois de faire attention sur la route, et sois prudente, hein, et appelle nous souvent pour qu’on ne s’inquiètes pas, et je suis partie, le sourire aux lèvres, un peu triste de quitter la maison, mais si heureuse de te rejoindre, de rejoindre cette nouvelle vie. Et ce long voyage toute seule que je ne me rappelle que par bribes tant j’étais heureuse. Il m’a semblé ne durer qu’une heure tant j’étais excitée. Et puis chez toi. Ta maman. Ton petit frère. Ta chambre d’enfant. « Aller plus que 3 dodos et après on sera chez Nous ». « Non, trois dodos c’est beaucoup, je veux pas, je veux moins » « mais non aller, ne fais pas ton enfant, trois dodos, c’est rien du tout, ca va passer très vite » et puis faire l’Amour, dans ton lit d’enfant. Très doucement, comme une prière, un rituel sacré, pour ne pas violer ni briser les instants de pureté que cette chambre avait pu connaitre. Je me sentais toute petite dans cette chambre. Souvent, je t’imaginais y grandir, y prendre tes marques, y vivre tes joies, tes peines, y pleurer, te sentir seul, vide, vidé sur ce lit, à pleurer sans trop savoir pourquoi, peut être même aux mêmes moments ou moi aussi je pleurais, vide sur mon propre lit, dans ma chambre de Petite Fille… Et puis les cartons, oui, tous nos cartons, ma voiture garée devant ce 36 boulevard de Strasbourg que je n’oublierais jamais. Je me souviens de nos regards ahuris et complices lors de cette première visite. Nos regards qui se comprenaient en un rien de temps. Sans mots. On le veut. Ici. Notre nid d’amour. A nous. Marquer à la va vite « Emménagement. 4ème etage. » sur un papier laissé sur le pare brise de la voiture. Je me souviens des rires dans l’ascenseur. Du temps qu’il mettait pour arriver au 4ème. « Dis, tu crois que les gens qui divorcent et se déchirent plus tard, ils étaient aussi contents que nous d’emménager ensemble ? » « Je ne sais pas » m’avais tu répondu. J’aurais du me méfier.
J’aurais du me méfier depuis le début aussi. Le début de quoi ? quand j’étais assez lucide pour te voir de loin, avec du recul, fantasmer, imaginer, lire tes mots comme on parcours un parchemin précieux, comme je caressais ton dos de deux doigts quand tu dormais, nu, par dessus la couette, comme je te susurrais des « je t’aime » dans l’oreille quand je montais me coucher et que toi, tu dormais déjà, et que tu n’entendais pas, ou alors que si, mais que tu faisais semblant que non, ou bien que tu étais trop fatigué pour répondre. Je me souviens de Gare de Lyon, ou je suis obligée de passer chaque matin pour les 5 prochaines années de ma vie au moins. Le 10h30 de Genève me nargue, narquois. Les numéros des voies sur lesquelles mon train arrive aussi, alors je réprime un sanglot étouffé et je croque un bonbon. Oui, c’est ça, un bonbon…. Et le 13h04 de Lausanne a le même effet. Le bout du quai, toujours les dernières voitures, ne pas pleurer, faire des blagues, ne pas tomber dans le cliché, pas comme tous ces couples, non pas comme ceux là, non être nous. S’embrasser avec la douceur d’un frôlement de papillon, et avec l’intensité de toutes ces nuits passées sans se voir, sans se toucher, à écouter nos respirations synchronisées au téléphone. Et fixer la grosse horloge, pourquoi est ce que le temps passe si vite sur un quai de gare, tu le sais toi ? Pourquoi, et pourquoi elle avance comme ca, elle est déréglée, monsieur, monsieur, l’horloge elle a un problème, ah non, je te laisse monter dans ton train à regret, je tourne les talons, et je réfrène l’envie de mon cœur de sortir de ma cage thoracique, ca fait boum boum, et dans mon ipod, invariablement, c’est « no surprises » de radiohead, le cliché, c’est tellement beau. Et me retourner parce que quand même, mais je ne te vois pas, mais tu me vois, toi, et cette dame qui te dis « Elle vous aime… », oh oui, comme elle savait, comme elle savait. Comme ce monsieur qui t’avais arrêté à Toulouse, rue Bellegarde, pour te dire que nous étions beaux, alors que je me souviens, tu avais fais la moitié du chemin, et moi aussi juste pour que l’on puisse déposer sur nos lèvres un ou deux baisers volés entre deux cours.
Et puis maintenant. Nos disputes. Mes crises. Mes angoisses, mes frayeurs qui m’auront fait dire n’importe quoi, n’importe comment alors que tu n’étais tellement pas n’importe qui. C’est idiot, tout de même non ? Et te voir réussir tout, me sentir mal, saisir la vacuité de ces examens que je me dois de passer pour rien puisque l’an prochain tout recommencera, ailleurs, autrement. J’essaie de donner le change mais je n’y arrive pas. La Grande C. s’est transformée en petite e. Toute petite petite, et toi tu disais mais non ma Tortue, ca va aller, aller dors un peu mon playmobil. Et moi je disais « jsuis pas un playmobil » mais si, j’étais un playmobil entre tes doigts. Un playmobil, tu faisais de moi ce que tu voulais. Je courrais après un regard amoureux de ta part, un regard fier. J’étais anéantie au moindre regard un peu dur, à la moindre absence, au moindre reproche. J’aurais voulu me transformer en SuperE. , un peu comme maintenant ou j’aimerais être une SuperE. , une E. qui ne pleurniche pas, une E. qui est forte, se tient droite dans la douleur, ne quémande rien, ne t’aurais pas imploré lamentablement de la prendre dans ses bras, une qui encaisserait et qui se ferait une raison. Dieu que c’est moche le mot raison, c’est vrai, raison, c’est pourtant bien le contraire de passion, et moi j’ai cru qu’on avait une passion, j’y ai cru, je le crois toujours d’ailleurs parce que sinon, c’était quoi donc alors ? Hein ? Rien du tout ? bien sur que si ma Goinfrette, tu me disais, et moi je me blottissais dans tes petits bras qui m’enserraient si bien et me protégeaient tant du monde extérieur. Parce que tu savais mieux que quiconque me tenir comme ca contre toi sans que j’étouffe. Et pourtant j’étouffais souvent. Souvent. Ca montait, ca brulait la gorge, mais dans tes bras il n’y avait plus rien. Il n’y avait que des crises d’angoisses minimes à l’extérieur, quand j’en avais trop marre, quand je trépignais, quand j’étais épuisée et sur les nerfs, tu le savais, alors tu me calmais d’un baiser tout doux sur le front, et tu me disais « t’inquiètes pas ma Goinfrette, ca va aller, on va rentrer, tiens regarde on rentre tout de suite même » et quand je repense à ces crises d’anxiété je me dis que c’était du pipi de chat, parce que maintenant, ca n’est plus comme ca, et le docteur quand je lui ai parlé de mes crises précédentes, il m’a demandé sous quel traitement j’étais pour mon angoisse avant, et j’ai dis bah rien, rien du tout, ca passait tout seul, je n’avais pas de traitement. Pas de traitement qu’il a dit d’un air horrifié, et moi j’ai répondu c’était Lui mon traitement. Bien plus efficace que le Zoloft. Mais la SuperE. n’est jamais venue. Tout au plus au début il y avait la SuperC. , celle qui n’avait pas peur de te perdre, mais la petite e., elle, elle a toujours eu peur. Je me disais il va se réveiller, ce n’est pas possible, il va voir que je suis médiocre, il va s’en rendre compte que je ne sais rien faire de mes dix doigts et que je ne suis pas celle faite pour lui, et toi tu me disais, mais si non mon chat, je t’aime moi, ne t’inquiètes pas, tu es ma tortue rien qu’à moi. Je crois juste que j’ai vécu au dessus de mes moyens amoureux durant cette année.
Et puis plus rien. Se retrouver chez mes parents, la régression ultime, après avoir tant vécu, se cantonner à si peu. Ne plus déjeuner. Ne plus diner. Trouver divers prétextes fallacieux, mais oui maman j’ai déjà diner chez Carine, mais non maman, ce midi je déjeune avec Laura, ne t’inquiètes pas. Et avoir mal. Mal à crever. Avaler un Tranxene, liste de médicaments longue comme le bras « Mademoiselle on ne retrouve plus votre ordonnance, c’est urgent ? » oui, c’est urgent. « c’était pour quoi, de l’homéopathie ? » non pas vraiment de l’homéopathie, non, et dévoiler la liste des médicaments devant des clients agacés d’attendre, et qu’est ce qu’elle nous fais chier la gamine de 20 piges à se bourrer d’anxiolytiques, qu’elle se foute sous un train et qu’on en parle plus. Qu’est ce qu’elle a ? Papa et Maman sont trop riches et c’est dur à vivre, c’est ca ? Et sortir, beaucoup, le soir, pour oublier. L’avantage des boites de nuit, c’est que c’est vaste, on peut s’y perdre. C’est chouette de se perdre, aussi. Et puis le Man Ray, le Néo, ou le Wagg, ca regorge de sosies. Julien avait raison. Pas vraiment en fait, ce ne sont que des faux sosies. Pas même ressemblants mais ils feront bien illusion pour la soirée. Hein ? Et boire, boire, un verre, deux verres, et ceux déjà bus avant d’arriver, danser, avoir la tête qui tourne, le cœur qui tambourine, un peu comme Mister Tambourine Man mais en moins triste, en plus fort, et le cœur qui tape encore plus fort, et on a l’impression qu’on flotte et que tout tourne, c’est que tout tourne, aussi. On s’est perdus, on ne sait plus ou sont ses amis, alors on pleure, mais c’est pas vraiment parce que la boite s’étale sur plusieurs étages et que les gens sont serrés les uns contre les autres et qu’on n’aime pas ça parce que ca fait peur, mais on pleure pour tout, on évacue, sans Xanax, c’est fou comme on pleure plus facilement, d’un coup, ca pleure, et puis on crie aussi, on crie qu’on a mal, bordel de Dieu, on pleure et on crie, mais la musique est si forte, les gens si bruyants, si plein de non communication que personne ne voit les larmes rouler sur mes joues, personne n’entend mes hurlements de détresse, personne, rien, tiens mademoiselle, tu es ravissante, on me tend une coupe de champagne, et moi j’ai jamais pu dire non à du champagne, même si un bref instant, dans un instant de lucidité, je me dis que je ne sais pas ce qu’on a mis sous ma paille, ou sous ma langue, peut être que, mais vraiment je m’en fous, on souillerais mon corps que ca n’aurait plus d’importance, parce que mon âme est souillée, et que c’est le plus tragique à mes yeux de pauvre petite fille riche comme l’à dit le monsieur bien-pensant de la pharmacie. Et les chimères blanches, le nez qui gratte, la vitre, miroir double miroir, mouroir plutôt oui, le vitrage est désormais double, je me vois m’agiter parmi ces pantins de la nuit qui semblent prendre un réel plaisir à être ici, sauf que peut être que non, peut être qu’ils sont comme moi dans le fond et qu’ils font semblant eux aussi, je ne sais pas. Ca pue l’alcool fort, la débauche, le cul et le fric, j’ai la nausée, je ne sais pas si c’est le mélange d’alcool ou la douleur de T’avoir perdu, mais j’aimerais m’asseoir juste là dans un coin, ne plus bouger avec mes yeux qui coulent noirs, et ma mine défaite on dirait la fiancée de pierrot le clown dont j’avais la photo dans ma chambre petite fille. Le teint bien trop pale, les lèvres rouges de les avoir trop mordues, les yeux noirs et l’air triste. Tu serais venu me chercher, me prendre par la main, tu m’aurais trouvé au milieu de tout ce foutoir, tu m’aurais sauvé une fois de plus, sauvée, mais cette fois c’était de toi dont j’avais besoin d’être sauvée. De toi ou de non Toi, justement. Mais je me suis assise, personne n’est venu, et mes amis se sont inquiétés, je les ai rejoins et suis allée poser mon cœur et mon corps tous meurtris sur un lit pour tomber dans un sommeil comateux comme du goudron qu’on te verserait encore tiède sur le corps, tu es englué, mais tu es bien, au chaud, tu ne peux plus bouger, et tu dors d’un sommeil sans rêves, je ne me souviens plus du dernier rêve que j’ai pu faire, mais je crois que tu m’y faisais l’Amour avec douceur.
Ce n’est pas grave, tout va mieux désormais, il y a ces cachets magiques qui rendent fonctionnels en société, comme dis le docteur, vous verrez vous allez être parfaitement normale à force, et sinon faudra penser à l’hospitalisation. Hospitalisation. Ca résonne comme un mot vilain, très très vilain, même, un truc ou on va t’attacher, te nourrir par perfusion parce que je maigris trop vite, mais je m’en fiche moi de ce corps, il ne Lui appartient plus, il n’appartient plus à personne, laissez moi me faire mal, laissez moi j’ai besoin de souffrir c’est cathartique, je lui dirais bien tout ca mais j’écoperais d’une mise en quarantaine et d’une privation de voiture et ca serait dommage, parce que je ne lui aurais même pas expliqué à quel point c’est grisant de conduire bien trop vite, bien trop vite et de jouer à garder les yeux fermés une seconde de plus à chaque fois. Dès fois j’ai peur. J’ai souvent peur. Ce n’est pas pour mourir, tout ca. A quoi ca servirait de mourir quand on est déjà morte de l’intérieur, je te le demande. Non, c’est pour avoir peur, avoir mal, être odieusement triste, triste à mourir mais sans mourir. Parce que justement c’est comme pour se prouver qu’on peut exister encore. Un peu. Qu’on ressent des choses, un peu, parfois au milieu du coton ouaté du Risperdal. Que certaines choses nous atteignent encore. Du moins si peu, mais tout de même, c’est encore ca. Se persuader d’être encore vivante. Tu vois ma tortue tu n’es pas morte, puisque tu souffres. Doleo ergo sum. C’est toujours ca de pris. De pris sur quoi je ne sais pas, mais de pris. Que reste t’il à vivre ? Et par là, je n’entends pas combien de temps nous reste t’il mais quand on a perdu ce que j’ai perdu, oui, moi, petite présomptueuse, que reste t’il à vivre ?
Je donnerais tout ce que j’ai sans exception pour tes bras autour de moi, ta voix apaisante qui s’inquiète, « tu vas bien, hein, ma Goinffre, tu vas bien, ChérieGoinffre ? » oui, je vais bien mon Amour. Pas vraiment en fait, mais je ne voudrais pas t’inquiéter. Je crois que je n’irais jamais plus bien maintenant, parce que je t’ai connu, que tu deviens ma référence, et qui voudra un jour se mesurer à mon Petit Garçon ? Qui ? Je ne voudrais pas essayer de passer après la Petite Fille de quelqu’un d’autre, moi. Je veux juste ETRE la Petite Fille de. Alors tu vas voguer sous d’autres cieux, Trésor, tu aimais tant que je t’appelle Trésor, c’était ton petit surnom gentil, autrefois, quand je te taquinais, quand je te disais je t’aime à mots voilés, ou je t’aime bien, ou un peu, mais tout de même tu tiens une place particulière dans ma vie. Une place que tu as toujours tenue. Celle de meilleur ami, de confident, d’allié de moqueries, d’Amour, de Petit Garçon. Alors non je ne peux pas t’oublier. Comment fait-on pour oublier tout cela, tout cet Amour ? Et surtout, quelle place te trouver ? Ya t’il un lieu magique ou se retrouvent tous les Petits Garçons et les Petites Filles qui n’ont pas réussis à se trouver ou qui ont eu peur, ou ont abdiqué ? Parce qu’on est fabriqué qu’en un seul exemplaire alors je ne saisis pas bien, je ne comprends pas comment on peut faire, je ne vois pas, je ne sais pas.
Avant l’Avenir était plein d’évidences, c’est comme si le bon Dieu nous avait dit, « Vous, vous aurez la Chance avec vous, vous n’aurez jamais aucune question à vous poser » puisqu’il y a eu ce chanteur qui chantait Halelujah sur le pont Notre Dame, qu’il y avait ce saxophoniste sur le quai de Jussieu cet après midi de pique nique, qu’il y avait de jolies péniches qui passaient près de nous et des touristes qui nous prenaient en photo, et le Panthéon toujours à la même place, rien que pour Nous, et il y avait ces photos toutes plus belles les unes que les autres, toujours réussies, toujours belles et parfaites, lisses, et lâches à la fois. On dit que rien ne fait plus peur qu’une photo de bonheur avec toute la quantité de malheur qu’elle contient, mais sans le dire, en cachant bien son jeu. Alors je ne regarde plus nos photos. Elles ne sont plus sur mon ordinateur, pour éviter tout risque. Ca pique trop sur le cœur comme si on y avait mis un peu d’alcool à 90°, sauf que Maman, elle a beau souffler dessus doucement pour faire partir les picotis, ca ne passe pas.
Il y a toi et il y a moi; ce vide entre nous deux, abyssal, factuel, mais que je voudrais temporaire, et que je sais surfait. Parce que je sais ce que nous avons eu, je sais. Toi aussi tu le sais.
J’envie ta force, ton courage, et ta persévérance. Je t’envie pour tout ca. Pour te dire “c’est la vie, c’est moche mais on n’y peut rien” parce que justement, si, on y peut quelque chose. Et que moi, la passivité m’a toujours agacé au plus haut point. Alors que je te sais parfaitement capable d’encaisser des coups, quasi-mortels, de serrer les dents, très fort, et de supporter, d’endurer tout, au non d’une décision hâtivement prise, au nom d’une décision prise tout court, d’ailleurs, quand bien même la justification nous échappe encore aujourd’hui.
Mais aujourd’hui les choses sont différentes. C’est étrange parce que les choses sont différentes mais en même temps elles sont tellement similaires. Il y a Toi, il y a Moi et tout ce qu’on a eu. Il y a eu Louis. Ou presque. Et il me manque, Louis. Tellement. Crois tu qu’on peut être nostalgique de quelque chose que l’on n’a pas connu ? C’est étrangement douloureux, tout ca. Et c’est bête mais aujourd’hui, j’ai mis mon haut de Goinfrette, celui que tu aimais tant, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, peut être parce qu’il est noir, simple, sobre et discret. Moi je l’aimais bien parce qu’il est ample, et qu’il cachait mes rondeurs, mes hanches, mes seins, mon petit ventre, tout en étant féminin et élégant. Je l’ai choisi par hasard ce matin, dans ma penderie. Les yeux encore tout collés d’un sommeil médicamenteux, j’ai attrapé, c’était noir, je me suis dis, ca ira bien avec tout. Ou peut être que je me suis dis, ca ira bien avec mon humeur, je ne m’en souviens plus. Et puis je me regarde dans ce miroir. Une année entière à passée. Presque jour pour jour. Et je me retrouve là, dans ces toilettes de JD, au premier étage, avec ce haut que je n’avais pas l’an passé. Ce haut qui a vu tant de bonheur, tant de merveilles. Je me dis qu’il faut bien ça, désormais pour cacher mon ventre tout plat. Tout plat ce ventre, plus de petit bedon à câliner, à qui parler. Tout plat, tout vide. Et c’est là que j’ai compris. Que ce trou dans le ventre, c’est Toi. C’est Nous. Mais c’est Louis, aussi. Louis qui n’est plus là, et il faudrait se faire à l’idée qu’il n’y aura pas de Louis. Plus jamais. Il n’y aura plus de Louis, plus de petit garçon, mon petit garçon aux cheveux blonds et aux bouclettes et aux yeux bleus, si clairs. Tu m’avais fait jurer de faire un Louis avec un autre si jamais tu mourrais, mais tu vois, tu n’es pas mort, et je n’ai rien promis dans ce cas de figure. Il n’y aura pas de Louis. Ca serait malsain. Mais il n’y aura pas d’enfant non plus. Parce que ma haine de ces petits monstres est revenue. Comme avant. Quand je t’ai connu. Ils m’insupportent, m’indiffèrent, me blasent. Il n’y a que Louis que j’aurais aimé. Il est parti de mon ventre. Doucement, il m’a quitté, j’ai essayé de le retenir un peu, de m’y accrocher, mais il a disparu, un peu comme toi. Et mon ventre reste vide. Alors il ne me reste plus qu’à mettre de larges et amples hauts noirs. Même plus de Goinfrette. Parce que je ne suis plus la Goinfrette de personne.
Ce que j’aimerais te dire, S. , ce que j’aimerais te dire, au travers de toutes ces pages tapées rageusement, la douleur fulgurante et poignante au ventre, c’est que la vie est un brouillon, et que chaque histoire serait le brouillon de la précédente, qu’on rature, qu’on rature, jusqu’à ce que ce soit propre et sans fautes. Pour la suivante.
J’espère.
Les mots
octobre 26, 2007
Lire les mots d’autres. Avidement. Ecrire m’a manqué, ces derniers temps, même si je n’ai aucunement son talent. Se jurer un peu tard qu’on ne nous y reprendrait plus, dans ce monde là. Mais finalement, nous y revoilà. Pas pour les mêmes raisons. Je n’y cherche plus rien. Ce ne sera qu’un déversoir, un catharsis plus sain que celui de mon été dernier. Et puis tout n’y était pas si mauvais.
Y avoir trouvé sa Soeur d’armes, son Alliée dans l’adversité, dans la Douleur, dans l’Amour, dans l’Angoisse, la Trahison pardonnée, et le saphisme refoulé. Y avoir trouvé celui en qui on avait misé tant d’espoirs. Pour que tout s’effrondre un poil plus loin. Amours bien trop absolues, enfant avorté et existence brisée. Dont on se remet. Puisqu’on se remet toujours de tout. “Ce qui est insupportable, c’est que rien n’est insupportable”.
Histoire non maîtrisée, alors quelques mots jetés, épars, mais pour quoi donc ? Pour rien. Y voir clair. Constater une évolution (?). Une transition entre cet été, débauche des coeurs et des corps, dépression et pillules blanches, internement et refus de se nourir. Et maitenant, comédie sociale et visée d’un but. Dans lequel on met bien trop d’espoirs. Tous nos espoirs en bandoulière. Tentative de réappropriation de sa vie, de son corps, de ses sentiments.
Voir où cela va.
Si cela mène quelque part.